• Après la défaite du Japon en 1945, celui-ci ne peut plus se maintenir sur la péninsule de Corée qu’il avait annexée en 1910 et contrôlait d’une main ferme. Les vainqueurs, à la Conférence de Yalta, s’entendent pour se partager le monde et, concernant la Corée, se mettent d’accord pour une scission à hauteur du 38ème parallèle (une centaine de kilomètres au nord de Séoul), sous influence russe communiste au Nord et américaine au Sud. Puis, les deux grandes puissances utilisent leur présence militaire pour imposer des gouvernements amis, conformément aux us de la « guerre froide », ce qui conduisit, en 1948, à l’établissement de deux « républiques » distinctes et rivales.

    Le 25 juin 1950, l’armée de la Corée du Nord, fortement « conseillée » par l’URSS, franchit par surprise ce 38° parallèle et bouscule les forces sudistes moins bien préparées. Aussitôt, le Conseil de sécurité de l’ONU se réunit pour prendre une résolution incitant ses membres à porter assistance à la Corée du Sud. C’est le début de la guerre de Corée qui va durer trois ans en faisant inutilement 1,5 millions de morts.

    Les Américains, encore présents au Japon, s’engagent les premiers, bientôt suivis par une quinzaine d’autres Etats, notamment du Commonwealth. Les Français, déjà impliqués dans un conflit en Indochine-Vietnam depuis 1946, sont assez réticents à ouvrir un autre front et ils ne dépêchent sur place, dans un premier temps, que la frégate La Grandière. Mais l’appel timide aux volontaires est un succès sur tout le territoire et un bataillon à quatre compagnies d’anciens combattants, légionnaires ou maquisards de la seconde guerre mondiale à peine achevée, est bientôt constitué. On cherche un chef expérimenté pour commander cette unité disparate lorsque se présente un vieux général de 58 ans, ancien de la 13°DBLE à Narvik, Raoul Magrin Verneret que l’on appelle Ralph Monclar. Il est déclaré trop vieux et trop gradé mais réussit à persuader ses interlocuteurs, qu’avec le simple grade de lieutenant-colonel, il peut prendre le commandement de ce nouveau bataillon français, BF/ONU. Monclar impose alors à ce millier d’hommes un entraînement de fer avant de les embarquer, le 25 octobre 1950, à Marseille en direction du port de Pusan, au Sud-Est de la Corée. Le BF/ONU sera affecté au 23rd US Infantry Regiment de la division américaine « Indian Head ». Moqués et baladés d’emblée par les Yankees, les Frenchies vont s’endurcir et se jurer qu’on les respecterait bientôt.

    C’est le moment où, les Chinois étant venus prêter main forte au Nord, le front entre communistes et occidentaux, après plusieurs allers-retours Nord-Sud, s’est stabilisé à hauteur de Séoul. En janvier 1951, par un temps glacial, les Français tirent leurs premiers coups de feu au lieu-dit Twin Tunnels et, quand les fusils sont gelés, attaquent les Chinois maoïstes à la baïonnette, notamment à Wonju. « Les Français nous ont montré que les baïonnettes n’ont pas été inventées pour ouvrir des boîtes de ration mais pour nous battre » dira le général Ridgway qui a remplacé Mc Arthur, jugé trop radical par Truman. Jusqu’en février, le bataillon français va s’accrocher aux hauteurs du village de Chipyong-ni, face à un ennemi nettement supérieur en nombre. 

    Au printemps, le 38ème parallèle est franchi vers le Nord puis, en octobre, Monclar, le commandant Le Mire et leurs hommes s’emparent de deux côtes stratégiques pour la progression de la division américaine, dont le fameux piton Heartbreaker Ridge, Crèvecoeur,  qui leur vaudra une nouvelle citation honorifique. C’est à Crèvecoeur que Jean Larteguy, officier et écrivain, sera blessé.

    Après une période de repos bien mérité, sous la pluie qui a remplacé le froid, le BF/ONU doit, sous le commandement du lieutenant-colonel Boreill, bloquer une nouvelle offensive chinoise durant l’été 1952, dans le « Triangle de fer ». Pilonnés par l’artillerie, assaillis par l’armée populaire de libération, les hommes de Monclar résistent, tantôt à coups de pelles quand les munitions manquent, tantôt en se portant au secours d’un régiment Sud-Coréen en mauvaise posture à White Horse, ce qui vaudra au chef de section la plus haute distinction coréenne.

    Au vu de ces faits d’armes, les moqueries de début de campagne ont bien sûr cessé et le bataillon sera placé en défensive durant l’année 1953. Lorsque, le 27 juillet 1953, l’armistice de Pan-Mun-Jon est signé, les belligérants s’accordent, après près de deux millions de morts, sur une situation qui revient au statu quo ante bellum.

    Les Français, qui ont laissé presque 300 des leurs en Corée, n’en ont pourtant pas fini car ils embarquent aussitôt pour l’Indochine, formant à Saïgon le Régiment de Corée par adjonction d’autres unités françaises ou khmers jusqu’à la défaite en 1954. C’est alors l’embarquement pour l’Algérie ou le « Bataillon de Corée », est reconstitué.

    Soldats, par votre vaillance, votre courage et votre ténacité, vous avez bien mérité votre badge « Indian Head » à « la tête d’Indien » et vous êtes, comme vous a dit Monclar « prisonniers de votre gloire » !


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  • Au temps où la France ressemblait à un véritable patchwork, Anglais et Français ne consentaient à cesser leurs guerres pour s’approprier ces confettis que pour aller faire une croisade commune.

    Saladin, le sultan d’Egypte, avait étendu sa domination sur tout le Levant, maintenant d’ailleurs de bons rapports avec toutes les communautés. Mais de petits seigneurs relancèrent la guerre avec les Chrétiens que Saladin battit à Attîn puis à Jérusalem en 1187. L’annonce de la prise de la ville sainte entraîna la 3ème croisade qui fut appelée la « croisade des rois » puisque les souverains les plus importants de l’occident embarquèrent en 1190 vers l’Asie mineure : l’empereur germain Frédéric Barberousse, le roi de France Philippe Auguste et le roi d’Angleterre Richard Cœur de Lion. L’entente entre ces rivaux de toujours n’était pas cordiale. Après la noyade de Barberousse dans son armure trop lourde, les deux rois prirent Saint-Jean d’Acre puis Philippe prétexta une maladie pour rentrer en France dans l’optique de s’emparer des terres normandes que Richard ne défendait plus. L’apprenant, celui-ci se hâta de rentrer mais il se fera capturer, pendant un an, sur le chemin du retour.

    Entre les deux rois, à fort caractère, les combats seront rudes et incertains jusqu’à la mort de Richard 1er Cœur de Lion pendant le siège du château de Châlus en 1199. Pour lui succéder, les Plantagenets trouvent son jeune frère, Jean Sans Terre. Cruel, Jean se fera haïr par tout le monde, de part et d’autre de la Manche. Cruel et bête aussi car, dans sa détermination à vouloir abattre le roi de France Philippe Auguste qui lui avait ravi par ruse le château Gaillard, il va choisir la plus mauvaise stratégie alors que, ayant réussi à fédérer une coalition contre celui-ci, il avait une énorme supériorité numérique : En 1214 en effet, il y a tout juste 800 ans, le roi anglais convainc l’empereur du Saint-Empire romain germanique, Otton IV de Brunswick, de rassembler contre le roi Capétien les fantassins et cavaliers des comtes flamands, brabants, lorrains et germains entre Lille et Tournai pendant que lui, Jean Sans terre, par une manœuvre en tenaille, va remonter vers le Nord depuis l’Aquitaine où sont ses meilleures troupes. Partant de La Rochelle, en février, il file vers Paris mais se heurte à Louis, le fil de Philippe Auguste, à La Roche aux Moines, près d’Angers, le 02 juillet. La tenaille ne se refermera pas et Philippe, vainqueur, décide de se porter aux devants des coalisés, avant qu’ils ne fassent jonction. Il rassemble ses nombreux cavaliers à Péronne mais son infanterie, affaiblie, a besoin de renforts qu’il trouve dans des milices communales en Artois et Picardie.

    C’est dimanche, ce 27 juillet 1214. Il n’y aura donc pas de combat si la règle est respectée. Philippe entame ce qui semble être, aux yeux d’Othon qui l’observe de loin depuis Tournai, une retraite vers Lille. Soudain frère Guérin, l’évêque de Senlis, dévale du plateau à cheval et avertit le roi que l’arrière-garde est aux prises, « un dimanche, mon roi, jour de prière », avec les troupes coalisées. Philippe comprend qu’il doit livrer bataille et défendre le pont de Bouvines qui traverse la rivière Marcq et ses marais. Il remotive ses troupes, leur ordonne de s’aligner, à l’Est du pont, le long de la voie romaine qui va de Lens à Tournay. Le terrain est plat et dominé par le plateau où se massent les mercenaires germains et flamands mais propice aux charges de cavalerie, ce dont il ne va pas se priver, avec son aile droite, face aux cavaliers flamands.

    En principe, les 6.000 à 8.000 hommes que le roi capétien a étirés sur 1,5 kilomètres ne devraient pas faire le poids devant les dizaines de milliers de combattants disparates rassemblés à la hâte par Othon IV. D’ailleurs, celui-ci concentre son attaque sur le centre du dispositif où se trouve Philippe II afin de le capturer ou de lui ravir son emblème à fleurs de lys. Il manque d’y parvenir car le roi est désarçonné et près de périr mais ses chevaliers le sauvent in extremis puis, rameutant les soldats autour de leur souverain, déclenchent une contre-offensive, à la surprise d’Othon qui, mis à pied par un coup de lance qui tue sa monture, doit fuir en abandonnant son étendard impérial.

    Sur l’aile droite des Français, le combat de cavalerie, d’abord incertain, a permis la capture de Ferdinand, comte de Flandres dit Ferrand, qui dirigeait la cavalerie coalisée, laquelle, dès lors, hésite et recule. L’aile saxonne à gauche qui avait vu le succès initial des troupes anglaises de Salisbury et du traitre Renaud de Boulogne, se trouve bientôt encerclée après l’enfoncement de ses alliés au centre et à l’ouest. Après de durs combats, Renaud, le comte de Boulogne est, lui aussi, capturé, ses lignes éclatées. Les Brabançons, au centre, qui refusent de se rendre, seront massacrés. Le succès de Philippe Auguste, pourtant en infériorité numérique, est total et la marche retour vers Paris, avec les emblèmes ennemis, triomphale, comme le sera, plus tard, celle de Valmy.

    Ainsi, la coopération inédite de la chevalerie féodale et des milices communales, sous la bannière royale à fleurs de lys, aura eu raison d’une coalition disparate et mal commandée. Le rayonnement de cette victoire sera immense en Europe et la monarchie capétienne confortée. Les rivaux normands et angevins, ceints de la couronne anglaise, en perdront toutes leurs terres françaises, hors l’Aquitaine.

    Bouvines peut être considéré comme la naissance d’une réelle identité nationale, la conscience collective d’appartenir à une nation. L’histoire de France ne commence donc pas à la révolution de 1789.


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  • Tout comme le mot de Berezina fait penser, à tort, à une cinglante déroute, celui de Dresde évoque le bombardement le plus atroce et le plus meurtrier de toutes les guerres modernes. C’est à la fois vrai, dans l’intensité de l’horreur vécue par la population civile, et faux dans l’évocation tendancieuse du nombre de tués, grossi exagérément par certains auteurs, plus soucieux de dogmatisme que de vérité historique.

    En 1940, Adolf Hitler est conforté dans sa stratégie hégémonique, par le contournement, plus rapide que prévu, des troupes françaises, et il imagine pouvoir contraindre aussi aisément le Royaume-Uni. C’est ainsi qu’il approuve le plan de Göring pour la « grande bataille aérienne » de la Luftwaffe contre l’Angleterre qui échouera du fait de la bravoure des pilotes anglais de Spitfire. Ne pouvant maîtriser l’espace aérien, le Führer déclenche le « Blitz » consistant à bombarder systématiquement les villes britanniques, Londres en tête.

    Winston Churchill s’en souviendra lorsque, sollicité par les Russes sur le front de l’Est, en 1945, afin que les Alliés mettent la pression sur l’ensemble des nœuds ferroviaires et sur le tissu industriel des villes forteresses (die Festungen) à l’Est de l’Allemagne, il déclenchera « l’opération Thunderclap », avec l’appui des Américains, visant tout à la fois à réduire à néant ce réseau de communications et à saper le moral des Allemands en général.

    Le bombardement de Dresde, dans la nuit du 13 au 14 février 1945, quelques jours seulement après la Conférence de Yalta, fut une surprise pour ses 650.000 habitants et réfugiés, convaincus que cette ville d’art et de culture, la merveille baroque de Maurice de Saxe, ne représentant pas un objectif militaire, continuerait d’être épargnée par les raids anglo-américains qui se succédaient depuis 1942.

    Pourtant, à 22 h 00, les sirènes se mettent à hurler et 244 Bombardiers Avro Lancaster du Bomber Command de la Royal Air Force (RAF) emplissent le ciel dans un vrombissement incroyable et lâchent 1.500 tonnes d’obus explosifs et à fragmentation sur la vieille ville. La population se précipite dans les caves qui sont vite enfumées et irrespirables ou recouvertes de grabats.

    Trente minutes plus tard, 529 nouveaux bombardiers Lancaster de la RAF larguent 1.200 tonnes de bombes incendiaires, vraisemblablement au phosphore, précurseur du napalm, qui vont provoquer d’immenses incendies, se propageant de maison en immeuble.

    Le lendemain matin, 14 février, alors que les survivants recherchent leurs proches ou tentent de soigner les blessés, 311 forteresses volantes, B.17 américains, des United States Army Air Forces (USAAF) achèvent la destruction en lâchant 780 tonnes de bombes, toujours sur le cœur de la ville déjà en proie aux flammes. Les familles, séparées, se réfugient sur les berges de l’Elbe en emportant, dans des poussettes, le peu de biens qu’elles ont pu sauver. Tout le centre ville, soit la moitié des habitations, est détruit.

    Pour éviter les épidémies qu’ils pressentent du fait de l’odeur, les habitants valides récupèrent, dans l’après midi, les corps ensevelis et bien souvent méconnaissables. Un amas de cadavres amoncelés est constitué sur la place du Altmarkt auquel il est mis feu par prudence. Un acte qui jettera le flou sur le nombre exact de victimes. S’appuyant sur le fait que « la Florence de l’Elbe » était le point de rendez-vous de milliers de réfugiés et de blessés du front russe, les premières estimations firent état de 200 à 300.000 morts, ce que la propagande de Goebbels relaya volontiers pour prouver que les Nazis étaient, en fait, des victimes. C’est surtout l’écrivain anglais négationniste David Irving, défavorable aux Alliés, qui imposa longtemps le chiffre de 135.000 morts, dans son livre paru en 1963 « Apocalypse 1945 : The destruction of Dresden ». Mais il apparut aux historiens, notamment allemands, que le chiffre de 35.000 morts était le plus proche de la réalité. Très tôt, en effet, dès les premières destructions, les habitants avaient fui vers les quartiers périphériques non touchés.

    Il n’en reste pas moins que ce bombardement massif, en plusieurs vagues d’assaut, sur une ville qui ne représentait aucun objectif militaire évident, s’inscrit dans la longue suite des bombardements horribles de la Seconde guerre mondiale, au même titre que Guernica, Coventry, Breslau, Hambourg, Berlin et, bien sûr, Hiroshima et Nagasaki.

    Dresde est véritablement devenu un symbole. Espérons que ce soit le dernier de ce type.


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  • La Révolution française, engagée dès 1789, au milieu d’Etats dirigés, en Europe, par des Royautés généralement héréditaires, fut un choc pour la plupart des monarques. L’arrestation de Louis XVI en 1791, sous la menace des fourches paysannes, décida l’Autriche et la Prusse, notamment, à signer à Pillnitz les bases d’une coalition contre-révolutionnaire visant à empêcher la contagion de ces idées ridicules de liberté et de souveraineté du peuple.

    Face à cette menace conjuguée des monarchies, l’assemblée déclare la guerre, en avril 1792, au « Roi de Bohème et de Hongrie » dans la plus totale confusion. Les « Sans-culotte » se soulèvent et provoquent, en août, le renversement de la monarchie française.

    Mais, les Prussiens sont annoncés à Longwy puis Verdun. Bientôt, ce sera la route de Paris si rien n’est fait rapidement. On déclare « la Patrie en danger ». En Champagne, deux nouveaux généraux, Kellermann et Dumouriez, lèvent des troupes en urgence qu’ils agglomèrent à la hâte aux noyaux de professionnels aristocrates qui les entourent. Prussiens et Autrichiens, bien que fatigués par une longue marche, ne devraient en faire qu’une bouchée. Mais, c’est l’inverse qui se produit sur cette crête de Valmy où, le 20 septembre, la peur change de camp lorsque Kellermann harangue ses nouvelles recrues au cri de « Vive la Nation », en brandissant un plumet au bout de son sabre. Lorsque les canons se taisent, de part et d’autre, les jeunes combattants français s’élancent avec ardeur et en entonnant le « chant des Marseillais » de Rouget de Lisle. L’ennemi, surpris par le sursaut de ces vagabonds, recule puis bat en retraite. La révolution tient sa première victoire et peut espérer bloquer toute tentative de restauration monarchique.

    Fort de ce succès, Dumouriez poursuit l’avantage en portant le fer contre les Pays Bas. Ce sera Jemappes, dans la Belgique actuelle, en novembre 1792. Victoire acquise de justesse mais qui conforte les révolutionnaires dans leur volonté de repousser les ennemis de la liberté jusqu’aux « frontières naturelles » de la nation que sont les Alpes, les Pyrénées et, bien sûr, le Rhin, comme le clamera Danton en janvier 1793.

    Mais à mesure que les Sans-culotte avancent leurs idées et leurs piques, les monarchies coagulent leurs efforts et leurs troupes pour y faire face. Il faut donc lever de plus en plus de soldats et les volontaires ne suffisent plus. D’où la mesure dramatique, dans ses conséquences, du « tirage au sort ».

    Cette réquisition autoritaire qui désorganise la paysannerie française ne passe vraiment pas. Les refus de s’y plier s’étendent à toutes les régions mais c’est au Sud de la Loire, en Vendée, que la rébellion contre cette levée en masse va s’exacerber, après mars 1793. De spontanée, la révolte de ces paysans va enfler de bourg en bourg, repoussant les gardes nationaux, les « bleus », accourus pour leur faire entendre raison. Issus des rangs de ces insurgés, des chefs vendéens se révèlent et galvanisent les énergies, ralliés bientôt par des officiers aristocrates expérimentés et des « chouans » de Bretagne. Pensons à Charrette, Cathelineau, d’Elbée, Bonchamps, La Rochejacquelein.

    La certitude d’avoir raison et la hargne sont telles de chaque côté que c’est une véritable guerre civile qui ronge la jeune République. Le premier gros revers des insurgés intervient en octobre 1793 à Cholet, face à des Bleus républicains renforcés depuis la capitale. Puis, malgré de petites victoires locales, au bout d’une longue équipée, au début de l’hiver, dite « la virée de Galerne », les Vendéens acculés à la Loire, se font massacrer à Savenay le 23 décembre.

    La Convention exulte en recevant le message suivant : « Il n’y plus de Vendée, elle est morte sous notre sabre libre, avec ses femmes et ses enfants. Je viens de l’enterrer dans les marais et les bois de Savenay ».

    Mais cela ne suffit pas aux députés de la Convention, habitués aux régimes de terreur. Ils mandatent le général Turreau, qui leur a lu, le 19 janvier 1794, sa proposition d’extermination, afin que disparaisse à jamais la « Grande armée catholique et royale ». Celui-ci va lancer en Vendée 24 colonnes armées, qui recevront le titre de « colonnes infernales » tant leurs tueries n’épargneront personne sur leur passage.

    Las, ne mate pas un Vendéen et son « sacré cœur » qui veut ! et ces derniers trouvent encore les ressorts pour repousser l’envahisseur. Le projet Turreau échoue d’autant plus que les frontières menacées à l’Est rappellent les républicains en renfort.

    La Vendée est évacuée, la Révolution n’est pas passée par l’Ouest.


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  • Déçue et bafouée, Aliénor d’Aquitaine se résigna, en 1157, à quitter l’Angleterre et son volage de roi, Henri II Plantagenêt, pour retourner sur ses terres, en Aquitaine et Poitou. Elle emporta avec elle son plus jeune fils, Richard, né à Woodstock le 08 septembre 1157. A Poitiers, capitale des domaines de sa mère, le jeune Richard se découvre un appétit pour les tournois (il a hérité de la force de son père) mais aussi les langues et la poésie. A onze ans, il devient comte de Poitiers et duc d’Aquitaine. Son père Henri II, roi d’Angleterre, avait en effet légué à ses fils, dès son vivant, les terres qu’il possédait de part et d’autre de la Manche. Le trône d’Angleterre reviendrait à Henri, devenu son aîné après la mort prématurée de Guillaume, l’Aquitaine et l’Anjou au cadet Richard et la Bretagne à Geoffroy. Il ne restait donc plus rien pour Jean, le petit dernier, qui fut alors affublé du surnom de Jean sans Terre.

    Mais l’aîné Henri, dit le Jeune pour ne pas le confondre avec son père Henri II, veut aussi la Normandie. Son père refuse et dote Jean de plusieurs châteaux pris sur l’héritage d’Henri, ce qui ne satisfait pas ce dernier. Dès lors, les frères vont, tour à tour, se faire la guerre ou se retourner contre leur père, le roi d’Angleterre. Belle ambiance quand on sait que la mère, la reine Aliénor, prendra elle aussi parti pour l’un ou l’autre, contre le père.

    Celui-ci ne fait pas dans la demi-mesure non plus. Ayant enlevé son ex femme Aliénor à Chinon, il la séquestre dans la tour de Salisbury puis abuse de la jeune Alix, fille du roi de France Louis VII, promise en mariage à son fils Richard, pendant que celui-ci soumet par la force, avec l’aide de « cottereaux » mercenaires, les seigneurs d’Aquitaine, peu enclins à suivre ce brutal chef de guerre.

    Pendant qu’ils se querellent sur le partage de l’empire anglo-angevin, les Plantagenêt, père et fils, ne voient pas les manœuvres du nouveau roi de France, Philippe-Auguste dont l’objectif est de leur ravir leurs possessions françaises. Par malheur, c’est à la cour de ce roi capétien que Geoffroy, le troisième prétendant au trône derrière Henri II, meurt piétiné lors d’un tournoi, en 1186, trois ans après la mort par maladie du fils aîné Henri le jeune.

    Richard devient ainsi l’héritier de la couronne d’Angleterre, à laquelle on accole la Normandie. Mais le fougueux Richard se soucie bien moins de l’Angleterre, dont il ne parle pas la langue, que de l’Aquitaine-Poitou-Anjou où sa mère Aliénor l’a élevé. D’ailleurs, bien qu’investi Roi, sous le nom de Richard 1er, après le décès de son père Henri II en 1189, il ne pense qu’à guerroyer. Ne dit-on pas que Jérusalem vient de tomber aux mains des Sarrasins ? Il sera Croisé dans cette nouvelle croisade de 1190, 40 ans après la précédente. Mais, malin ou inquiet, il entraîne avec lui le roi de France Philippe II Auguste, sentant bien que celui-ci profiterait de son absence pour faire main-basse sur ses terres.

    Récupérant sa nouvelle fiancée Bérengère et sa sœur Jeanne, échouées à Chypre, Richard se rend avec sa flotte à Saint-Jean-d’Acre, au nord de la Palestine, qu’il conquiert sur les Turcs, avec son ami Robert de Sablé, ce qui lui vaudra le surnom de « Richard, cœur de lion ». Puis il remonte le long de la côte sans toutefois atteindre Jérusalem. C’est donc un échec qu’il accepte en signant, avec le sultan Saladin, une trêve de trois ans.

    Philippe Auguste, lui, était déjà rentré en France et ourdissait des intrigues avec Jean sans Terre. L’apprenant, Richard se décide à rentrer à son tour mais un naufrage l’abandonne sur les côtes italo-croates avec ses compagnons d’infortune. Le petit groupe tente de regagner le royaume par la terre mais les voyageurs seront reconnus par les hommes du duc Léopold que Richard avait eu la malencontreuse idée d’humilier pendant la croisade. Léopold vend son prisonnier royal à l’empereur d’Allemagne, lequel ne le libérera qu’en 1194 contre une énorme rançon.

    De retour en Normandie, qu’il veut reconquérir sur Philippe-Auguste, Richard obtient quelques succès puis conclut un traité avec le roi de France, par lequel ils se répartissent les forteresses normandes. C’est l’époque où émerge le puissant Château-Gaillard, le long de la Seine aux Andelys.

    Son dernier fait d’armes sera moins glorieux. Convaincu qu’un trésor se cache dans la seigneurie de Châlus Chabrol, près de Limoges, Richard cœur de lion décide de s’en emparer, avec son fidèle lieutenant Mercadier, d’autant que la forteresse est mal défendue. Alors qu’il en fait le tour pour l’inspecter, un arbalétrier nommé Pierre Basile lui décoche un carreau d’arbalète qui se fiche dans l’épaule du roi. Celui-ci arrache la flèche mais les quatre pans de son fer lui déchirent la plaie. Mercadier fera mettre à mort l’imprudent. La blessure royale est mal soignée et la gangrène s’installe. Sa mère Aliénor arrivera juste à temps pour voir agoniser et mourir, le 06 avril 1199, son fils préféré. Elle fera enterrer le roi-chevalier en l’abbaye de Fontevraud et déposer son cœur en Normandie, dans la cathédrale de Rouen.

    La reine-mère se consolera en voyant Jean sans Terre prendre sa revanche et s’installer sur le trône d’Angleterre, au détriment d’Arthur, le neveu légitime. Hélas, le conflit entre les deux prétendants précipitera la fin de la dynastie des Plantagenêt.

     


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