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    Il  s’en  fallut  vraiment  de  peu  que  l’Europe  ne  devienne  Mongole,  à  l’époque  de  Saint-Louis,  des  croisades  et  des  cathédrales.

    En  20  années  de  conquêtes  sans  pitié  ( de  1205  à  1225 )  dans  les  grandes  plaines  de  l’Asie  centrale,  le  grand  Genghis  Khan,  avec  ses  cavaliers-archers  imprévisibles,  avait  non  seulement  unifié  la  Mongolie  en  proie  à  une  quarantaine  de  clans  nomades  mais  avait  aussi  réussi  l’une  des  plus  grandes  dominations  territoriales  de  tous  les  temps,  battant  même  l’ancien  conquérant  Alexandre  le  Grand.

    Après  la  Mandchourie,  la  Chine  du  Nord  et  la  prise  de  Pékin  malgré  la  Grande  Muraille,  ce  seront  les  grandes  steppes  qui  s’étendent  du  lac  Baïkal  à  la  mer  Caspienne,  en  passant  par  l’Afghanistan  et  le  royaume  de  Kharezm,  l’Iran  d’aujourd’hui.

    En  1227,  le  grand  Khan,  le  « souverain  suprême »,  meurt  à  la  suite  d’une  chute  de  cheval,  à  plus  de  65  ans.  Ses  fils  dont  Obodeï,  puis  ses  petits-fils  vont  poursuivre  la  conquête  vers  l’Ouest  avec  autant  de  succès  à  partir  de  1235.  Pour  ces  cavaliers  nés  à  cheval,  la  traversée  des  immenses  steppes  du  Caucase  n’est  qu’une  formalité.  Les  voici  aux  portes  de  l’Europe  et  de  la  chrétienté  avec  quelques  centaines  de  milliers  de  valeureux  combattants  et  encore  plus  de  chevaux.

    Le  11  Avril  1241,  en  effet,  les  Mongols  de  Batû-Khan,  petit-fils  du  grand  Gengis-Khan,  alliés  aux  Turcs,  remportent  une  éclatante  victoire,  grâce  à  une  manœuvre  en  tenaille,  sur  les  troupes  hongroises  du  roi  Bela  IV,  à  Mohi    50.000  combattants  environ  sont  massacrés,  après  les  déroutes  de  Breslau  et  Liegnitz.  L’Europe  est  à  leur  merci  depuis  la  Baltique  ( la  Pologne  est  soumise )  jusqu’au  Danube  et  à  la  Croatie.  Vienne  la  capitale  autrichienne  n’est  plus  qu’à  quelques  dizaines  de  kilomètres.  Jamais  les  hordes  mongoles  ne  s’étaient  aventurées  aussi  loin  en  occident,  plus  loin  même  que  lors  de  la  première  conquête  de  la  Crimée  face  aux  Coumans  et  Russes ( pour  une  fois  réconciliés  contre  l’envahisseur ). 

    Pourtant,  malgré  leur  succès,  ces  guerriers  tant  redoutés  vont  se  retirer  vers  l’Est.  Pourquoi ?  Mystère.  La  mort  d’Obodeï,  des  problèmes  pour  nourrir  leurs  innombrables  chevaux,  ou  le  mal  du  pays ?  On  ne  sait  pas.

    C’est  l’organisation  des  troupes  et  la  tactique  mise  au  point  par  ces  farouches  combattants,  plus  que  leur  armement  rudimentaire  à  base  de  lances  et  d’arcs,  qui  ont  fait  le  succès  de  ces  « razzias  des  plaines »  comme  on  les  appellerait  de  nos  jours :

    Attaques  de  flanc  et  sur  les  arrières,  scission  en  plusieurs  corps  d’assaut  par  multiples  de  dix,  prisonniers  utilisés  en  premières  lignes  pour  subir  le  premier  choc,  monte  de  chevaux  frais  changés  plusieurs  fois  durant  les  combats  pour  surgir  comme  l’éclair  et  semer  la  panique  dans  les  rangs  adverses,  catapultages  massifs  de  flèches  et  de  pierres  précédant  l’assaut,  simulacres  de  repli  en  retraite  désorganisée  pour  attirer  l’ennemi  dans  le  piège  d’une  embuscade,  bateaux  démontables  pour  franchir  les  cours  d’eau,  logistique  simple  et  campements  à  base  de  yourtes  traditionnelles,  tout  était  tourné  vers  le  mouvement,  le  harcèlement  et  la  surprise  d’où  les  faibles  pertes  enregistrées  à  chaque  campagne.

    C’est  lors  de  la  conquête  de  l’Iran  que  la  férocité  des  Mongols  a  été  la  plus  marquée : incendies  des  grandes  cités  et  habitants  égorgés  vont  faire  la  réputation  de  ces  « barbares ».

    Pourtant,  malgré  sa  brutalité,  Gengis  Khan  est  considéré  aujourd’hui  comme  une  légende  en  Mongolie  bien  sûr  mais  il  est  également  reconnu  comme  un  héros  national  chinois,  sous  prétexte  qu’il  y  a  plus  de  mongoliens  en  Chine  qu’en  Mongolie. 

    Passant  sous  silence  son  côté  guerrier  impitoyable,  on  veut  voir  en  lui  celui  qui  a  promulgué  un  « Yassak »  en  1206,  sorte  de  code  de  lois  s’appliquant  à  tous  les  domaines  de  la  vie  quotidienne  mongole,  justice,  religion,  hospitalité,  jusqu’à  l’adultère,  tout  était  régi  et  codifié. 

    Bref,  un  Napoléon  avant  l’heure ?

     


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    Lors du premier conflit mondial, au cœur de l'Europe, les montées à l'assaut meurtrières de vagues de fantassins, fauchés par les mitrailleuses des lignes adverses, avaient fait naître l'idée, simultanément en France et en Angleterre, qu'il fallait à tout prix fabriquer un engin tout terrain qui puisse protéger les attaques de l'infanterie, s'affranchir des barbelés, sauter les tranchées, détruire les nids de mitrailleuses, tout en progressant au même rythme que les troupes.

    En France, un ingénieur féru de mathématiques et de balistique choisit l'Artillerie à sa sortie de Polytechnique, en 1883. Jean-Baptiste Estienne va devenir le premier commandant du Service de l'Aviation militaire, en création à Reims mais aussi le père de « l'artillerie spéciale d'assaut » en imaginant, en 1916, le premier char d'assaut français à partir d'un moteur de tracteur. Ayant assisté, avec Pétain, à la démonstration du châssis Schneider, il prend contact avec Joffre pour lui exposer son projet de véhicule blindé qu'il croit pouvoir réaliser avec Renault. Mais Louis Renault lui annonce que sa compagnie développe un char léger. C'est alors Schneider qui construit les 400 premiers « Schneider CA1 », selon les plans d'Estienne. Viendront ensuite les chars Saint-Chamond et les FT-17 (17 comme l'année de construction) de Renault.

    Comme tout le monde sait, dans le camp allié, que les Britanniques étudient aussi un char d'assaut, Estienne fait le voyage à Londres pour essayer de convaincre les Anglais d'attendre que les Français aient terminé le leur avant de lancer une attaque, ce qui permettra un effet de surprise stratégique sur tout le front.

    Mais le bureau de la Marine britannique est pressé par Churchill pour aboutir le premier à concrétiser cet engin révolutionnaire, imaginé par le colonel Ernest D. Swinton. Le premier prototype est présenté en Février 1916 puis le premier de la série, appelé logiquement Mark 1, répond aux caractéristiques demandées, malgré ses 30 tonnes et sa faible vitesse : franchir une tranchée de 4 m de largeur et un obstacle de plus de 1 m de haut.

    Les 100 premiers exemplaires sont équipés du canon de 6 livres (57 mm) à tir rapide de marine (version « Male ») et, en Avril 1916, les usines sortent la version « Female », équipés seulement de mitrailleuses Hotchkiss. Pour préserver le secret, les Anglais laissaient croire que les plaques de blindage étaient destinées à des réservoirs de pétrole, d'où le nom de « Tanks ». Sur le terrain, selon la tradition militaire, chaque blindé porte un nom de femme ou de liqueur.

    Au front, sur la Somme, le 15 Septembre 1916, alors que ses réserves diminuent, le général Haig décide d'utiliser pour la première fois, cette force nouvelle et il lance 32 chars d'assaut Mark 1, répartis au milieu des fantassins, sur le secteur Flers, Courcelette, Longueval. La vision du premier char sèmera la terreur dans les rangs allemands mais le bilan de l'attaque fut médiocre du fait de nombreuses pannes, du manque de radio qui ruinait la coopération avec l'infanterie et des destructions opérées par l'ennemi qui ne pouvait rater des cibles aussi lentes et volumineuses.

    La rupture stratégique du front n'eut pas lieu car les chars étaient trop espacés et l'offensive de la Somme se solda par un nouveau bain de sang. En revanche, l'effet psychologique fut indéniable. Malheureusement pour les alliés, plusieurs chars furent récupérés par les Allemands qui les exploitèrent, non pas pour construire les mêmes car ils n'y croyaient pas, mais pour développer de nouvelles munitions qui soient capables de percer ce blindage et pour les exhiber à Berlin à titre de propagande. Côté anglais, la leçon permit également d'améliorer l'engin en matière de blindage et de ventilation. C'est donc le Mark 4 qui entrera en action à Messines en Juin 1917 et à Cambrai en Novembre. Messines sera l'exemple d'une bonne coopération blindés-infanterie et Cambrai une attaque d'emblée, sans préparation d'artillerie, mais qui réussit grâce à la stupeur de l'apparition des chars débouchant des premières crêtes.

    Ainsi, le premier char d'assaut employé en opération de guerre fut bien anglais. Les Français pourront se consoler en se souvenant que ce sont leurs FT 17 Renault, avec armement de tourelle sur 360°, que les soldats américains du lieutenant-colonel Patton pilotaient lorsqu'ils reprirent le saillant de Saint-Mihiel, en Septembre 1918. Nos amis Yankees ont ainsi vengé la claque que prirent les énormes Saint-Chamond engagés prématurément dans l'offensive Nivelle, en Avril 1917.

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    Rompant avec 250 ans de rivalité depuis Charles Quint, la France et l'Autriche signent un traité, en 1756, pour contrecarrer la montée en puissance de la Prusse, alliée à l'Angleterre. Ce sera le début de la « guerre de sept ans » qui aura des ramifications outre-mer du fait que les Anglais, voyant que les Prussiens résistent bien tous seuls sur le continent, vont concentrer leur effort sur les possessions françaises aux Indes et au Canada. Louis XV est bien trop absorbé aux frontières de son royaume pour suivre ce qui se passe en « Nouvelle-France », au-delà de l'Atlantique.

    Le ministre de la guerre britannique, William Pitt, confie la conquête de Québec à James Wolfe, combattant brutal et impitoyable. Côté Français, c'est un noble nîmois que l'on envoie, Louis-Joseph de Saint-Véran, marquis de Montcalm, qui est sorti de sa torpeur aristocratique car il avait guerroyé en Rhénanie et à Prague.

    La forteresse de Québec est idéalement placée pour contrôler l'arrivée des navires, en provenance d'Europe, obligés de remonter le Saint-Laurent pour ravitailler l'intérieur des terres. Si les Anglais s'en emparent, ils coupent les liaisons avec la France et l'obligent à capituler.

    Montcalm et Vaudreuil, le gouverneur qu'il découvre sur place, ne s'aiment pas a priori et les relations deviennent même exécrables lorsque le général apprend que Choiseul l'a nommé Lieutenant-général, c'est-à-dire à un rang qui le fait passer devant le gouverneur Vaudreuil. Leur opposition sur la stratégie à adopter ne favorisera pas les choses.

    L'Anglais Wolfe n'avait que 8.500 hommes sur les 12.000 promis mais c'était la fine fleur, bien rodés, disciplinés et aguerris. Les 49 vaisseaux de guerre de la flotte de Saunders qui les emmènent en comptent tout autant. Le campement se monte sur l'île d'Orléans. A l'inverse, côté français, l'armée que put se constituer Montcalm, en arrivant, était très disparate et peu ordonnée. 11.000 miliciens canadiens, 3.000 soldats réguliers, 1.500 paysans, marins ou amérindiens. Pendant plusieurs mois, alors que chaque camp organise sa défense, des mouvements de troupe ou de navires vont tenter de mettre une pression psychologique sur l'adversaire. Les soldats, eux, sont pressés d'en découdre et rongent leur frein.

    La première erreur, majeure, de Montcalm est de laisser la pointe Lévis (ou Lévy) sans défense. Or, cet éperon sur la rive Sud du Saint-Laurent, est juste en face du fort qui entoure la ville haute, à portée de canons (ce qu'il n'avait pas jugé possible). Le marquis estime également que le pied du fort est si abrupt qu'il est impossible d'y accéder avec une troupe lourdement armée. Il va donc concentrer l'essentiel de ses forces de défense sur la rive basse, en aval des fortifications, le long de la côte de Beauport jusqu'au Sault Montmorency. En amont, vers Montréal et Trois-Rivières, il peut compter sur les 3.000 soldats d'élite de Bougainville qui se tiennent en réserve à Cap-rouge, à deux heures de marche et il n'a conservé que 3.500 défenseurs armés à l'intérieur des murs de la citadelle.

    Malgré le harcèlement, type guérilla, des Canadiens et des Indiens, Wolfe prend possession des hauteurs de Lévis avec ses canons. Dès le 12 Juillet, ceux-ci vont entretenir un incessant bombardement de la ville de Québec. Pour les faire taire, Montcalm ordonne une opération commando. Dumas, un de ses lieutenants qui la commande, organise la progression en deux colonnes. Mais, dans la nuit sans lune, les deux colonnes vont se rencontrer et se neutraliser dans une totale confusion. L'artillerie continuera, sans autre résistance, à pilonner la ville et les remparts pendant des semaines.

    Dans le même temps, des reconnaissances sont organisées le long du fleuve pour déceler une éventuelle possibilité d'escalader la falaise. Une brèche est trouvée à l'Ouest, au lieu-dit Anse de Foulon que les barges anglaises investissent dans la nuit du 13 au 14 Septembre 1759. Arrivées en haut du plateau des « Plaines d'Abraham » (du nom du paysan Ecossais propriétaire, Abraham Martin), les 4.400 soldats n'ont pas de mal à bousculer le petit poste de garde à moitié endormi et à s'aligner en ordre de bataille face à l'Est et à la citadelle. Wolfe malade avait placé Townsend au Nord, Murray au centre et Monckton au Sud, tous alignés sur deux lignes.

    Montcalm attendait les Anglais à Beauport, de l'autre côté au Nord-Est et, d'abord incrédule quand on lui rapporte le débarquement vers 04 heures du matin, il s'empresse de rassembler 4.500 hommes pour rejoindre le lieu de la bataille avant que les troupes de Wolfe ne soient aux portes de la ville. Contournant par le Nord, franchissant la rivière Saint-Charles, il arrive à 09 heures aux Plaines d'Abraham.

    La deuxième erreur tactique de Montcalm est d'avoir rompu avec le savoir faire de ses troupes, prôné par Vandreuil, coutumières de coups de main et de harcèlements (ce qui aurait fait merveille dans ce no man's land au sol inégal et entrecoupé de bosquets), pour les placer sur 3 lignes face au dispositif bien ordonné anglais. Descendant des buttes Neveu et emportés par leur élan, les Canadiens de la première ligne s'arrêtent et tirent, mais de trop loin, sur des uniformes rouges qui ne bougent pas. Les Franço-indiens des deux autres lignes s'avancent jusqu'à portée de tir pendant que les premiers rechargent leurs armes. C'est le moment que choisissent les Anglais pour faire feu tous ensemble, dans un coup de tonnerre qui glaçe le sang de tous. De nombreux hommes s'écroulent alors que survient une deuxième déflagration. C'est la débandade dans le camp français et les Anglais commencent la poursuite, baïonnette au canon. Fort heureusement, des tireurs d'élite miliciens et indiens, embusqués dans les lisières entourant la plaine, stoppèrent cette attaque. Ce sont eux qui infligèrent le plus de pertes aux Britanniques. Alors que, sur son cheval, Montcalm essaye de remotiver ses troupes, il est touché dans le dos et peine à franchir, lui aussi, les portes de la cité. Il mourra le lendemain sans savoir que Wolfe a également été blessé mortellement.

    Les pertes britanniques s'élèvent à 58 morts et 600 blessés alors que les pertes françaises sont d'environ 700 morts et blessés. Les renforts de Bougainvile, arrivés deux heures après et qui avaient « marché au canon » ne servirent à rien car Vaudreuil avait déjà envoyé un émissaire pour demander la capitulation, au grand dam du Chevalier de Lévis qui n'accepte pas la capitulation et repartira, un an plus tard, en Avril 1760, en reconquête depuis Montréal. Il infligera cette fois une sévère défaite au général britannique James Murray sur les hauteurs de Sainte-Foy dominant la forteresse de Québec. Courte victoire car les premiers navires qui abordent le Saint-Laurent sont anglais. Ainsi, sans renforts de métropole, ce sursaut d'orgueil de Lévis n'empêchera pas la perte de Montréal et de Trois-Rivières peu après.

    Finalement, la défaite des Plaines d'Abraham précipite la déroute de la France qui doit signer le Traité de Paris en 1763, par lequel elle rend l'essentiel de ses possessions en Amérique du Nord. Pourtant, bien qu'abandonnés par la mère patrie, les habitants de la belle province resteront attachés à leur langue et à leur religion. Résistant à toutes les pressions anglaises, les 65.000 pionniers deviendront 07 millions 800 milles fiers Québécois. Merci Cousins !

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    Depuis la maternelle, les petits Gaulois de France le savent, 1789 c'est la prise de la Bastille, en 732 Charles Martel arrêta les arabes à Poitiers et 1515 c'est la bataille de Marignan. Oui, tiens Marignan, comment cela s'est-il passé ?

    François, le fils du Comte d'Angoulême, est un solide gaillard mais seulement âgé de 20 ans lorsque le roi Louis XII meurt sans héritier direct, le 1er Janvier 1515. La succession au trône de France revient donc à celui qui venait d'épouser Claude de France, laquelle avait des droits d'héritage sur la Bretagne et surtout le duché de Milan. Or, les guerres d'Italie, qui avaient occupé les souverains français depuis Charles VIII en 1494, visaient à conserver le royaume de Naples et le duché de Milan.

    Comme il vient d'une branche nouvelle, les Valois, François 1er veut rassurer la noblesse qui aime guerroyer en reprenant les mêmes ambitions expansionnistes que ses prédécesseurs. La reconquête du Milanais était prévue déjà du temps de Louis XII, il s'en fera le héros. Le temps d'aller à Reims pour y être « sacré » et recevoir les ornements royaux et le voici en direction de Grenoble où l'armée se rassemble. Sa mère Louise de Savoie assurant la régence du royaume. Après s'être assuré de la neutralité des Anglais, chèrement payés grâce à un nouvel impôt, le jeune roi essaye de s'allier les Suisses, alliés d'antan et rudes combattants mais la Diète de Zurich lui rappelle le paiement non honoré depuis le Traité de Dijon. Les Suisses avaient changé de camp et étaient désormais au service du Pape Léon X et du duc de Milan, Maximilien Sforza. François rallia alors quelques 20.000 Lansquenets allemands pour compléter ses troupes.

    Instruits des intentions françaises, les mercenaires Suisses barraient les hautes vallées alpines, aux cols de Montgenèvre et du Mont-Cenis qui étaient les seuls praticables. Mais François 1er fit rechercher un itinéraire plus au Sud et c'est le long de pistes escarpées, dans des voies élargies à l'explosif, et sur des ponts de fortune au dessus des torrents, qu'il fit franchir, tel Hannibal le Carthaginois, le col de Larche (ou d'Argentière) à une armée de 50.000 soldats et « gens du bagage » qui déboucha par surprise dans la plaine du . Les Suisses, au nombre de 20.000, se replièrent en urgence sur Milan.

    Apeurés, certains Suisses étaient prêts à accepter les propositions de règlement proposées par François 1er à Gallarate, lors de l'arrivée en Italie, le 08 Septembre mais le belliqueux cardinal Matthaus Schiner voulait en découdre et poussait les troupes au devant des Français qui n'étaient plus que 30.000 après avoir laissé des postes de garde le long du trajet. Ceux-ci s'étaient arrêtés près de Marignano (aujourd'hui Melegnano) en attendant les résultats des propositions de paix. C'est dans ces dispositions, donc non préparés pour une bataille, qu'ils virent arriver les compagnies Suisses au matin du 13 Septembre 1515.  Malgré plusieurs charges de cavalerie, conduites par le connétable de Bourbon, La Trémoille ou La Palice et auxquelles prit part directement le nouveau roi, les Français furent bousculés et ne purent que difficilement utiliser leur nombreuse artillerie, mal positionnée. Commencés vers 15 heures, les combats firent rage jusqu'à la nuit, grâce notamment à un repositionnement des canons du sénéchal d'Armagnac qui firent merveille. Lorsque la lune disparut, chacun s'effondra sur place pour récupérer ses forces. On raconte que François 1er s'endormit adossé à un fut de canon.

    Au matin du 14 Septembre, les combattants imbriqués reprirent le combat et l'expérience des Confédérés, autant que leur grande pique où la cavalerie s'empalait, serait venue à bout des Français épuisés si un cri n'était venu leur redonner le moral. « Marco, Marco » était le cri qui saluait l'arrivée des troupes fraîches Vénitiennes, alliées de François 1er. Le gros des bataillons suisses est aussitôt écrasé tandis que les Lansquenets repartent à l'assaut.

    Au bilan de cette bataille de 2 jours (exceptionnel pour l'époque), 12.000 Suisses et 4.000 Français gisent sur le sol, sans compter les chevaux. La victoire de François 1er eut un retentissement dans toute l'Europe et assura sa renommée. Il signera la « paix perpétuelle » de Fribourg, avec les cantons suisses, en 1516 et il prendra rapidement le contrôle de la Lombardie qu'il conservera jusqu'au désastre de Pavie, en 1525. C'est depuis la défaite de Pavie, justement, et la perte de l'Italie qui s'en suivit que la légende de Marignan s'est instaurée. Il fallait qu'un fait glorieux survît au règne de François 1er et l'ampleur des pertes sur des Suisses qui n'avaient été battus que par Jules César, en était le plus bel exemple. Pour faire bonne mesure, on raconta qu'au soir de la bataille, le jeune roi fut adoubé Chevalier par Pierre du Terrail, seigneur de Bayard. Même pas peur !

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    Pour répondre à un affront fait par le Dey d'Alger au Consul français, en 1827, une expédition fut déclenchée depuis Toulon qui sera le départ de la colonisation de l'Algérie, dès 1830. Louis-Philippe a pour stratégie une « occupation restreinte », c'est-à-dire s'emparer seulement de quelques villes sur la côte : Oran, Bône, Mostaganem. Dans l'intérieur du pays, un jeune chef, Abd-el-Kader, né le 06 Septembre 1808, fils d'un marabout descendant du Prophète, avait été proclamé « émir » par les tribus de sa région de Mascara dans l'Oranie et se battait contre les sultans turcs de Tlemcen. Ne voulant pas administrer tout le pays, les Français signèrent avec lui, en 1834, un traité d'amitié qui lui reconnaissait l'autorité sur ses rivaux indigènes et l'ensemble des autres tribus.

    Tranquilles de ce côté, les français commencèrent à fonder un port, à construire des routes et assécher les marais en vue d'y accueillir des colons. Comprenant que le mouvement ferait tâche d'huile, Abd-el-Kader se jeta brusquement, en 1839, sur la riche plaine de la Mitidja et la mit à feu et à sang. Il avait déjà obtenu une petite victoire locale, en 1835, à la Macta, contre un général qui avait empiété sur ses limites tacites et il se sentait fort pour mener un « Jihâd », une guerre sainte.

    De ce fait, le gouvernement français envoya le général Thomas Bugeaud, à la tête de l'Armée d'Afrique, avec mission de conquérir toute l'Algérie. Constituant des unités légères, zouaves, cavaliers spahis, chasseurs ou tirailleurs, françaises et indigènes et manoeuvrant en colonnes mobiles, Bugeaud fit la chasse aux excellentes et insaisissables troupes d'Abd-el-Kader qui se renforçaient de mois en mois. Mais Bugeaud mit la main sur Taqdemt, la capitale de l'émir, et occupa l'ancienne, Mascara. De plus, il l'affaiblit par des offensives incessantes et une politique de terre brûlée en avant de sa progression.

    Le 16 Mai 1843, alors que l'émir patrouille à quelque distance avec ses hommes armés, le duc d'Aumale, fils du roi Louis-Philippe, tombe sur la « Smala » d'Abd-el-Kader, avec sa troupe de 600 Spahis, y sème la terreur et s'empare d'un butin considérable. La Smala de l'émir est constituée par une énorme suite de serviteurs, de femmes et d'enfants, poussant devant eux les troupeaux, bref, une capitale ambulante, sous toile, d'environ 30.000 personnes qui s'étend sur plusieurs kilomètres. Aumale s'empare ainsi de 50.000 têtes de bétail, de 15.000 prisonniers, des manuscrits de l'émir qui lisait et écrivait beaucoup. Ce coup d'éclat aura un énorme retentissement en France et précipitera l'exil d'Abd-el-Kader vers le Maroc.

    Pas de chance pour l'émir de Mascara, Bugeaud se trouve aussi à la frontière marocaine et il défait, en Août 1844 sur la rivière d'Isly, les troupes marocaines du Sultan Abd-al-Rahman qui avait recueilli l'émir. Repoussé vers l'Algérie, encerclé par les colonnes françaises, Abd-el-Kader se rend au général Lamoricière, en Décembre 1847.

    Commence alors, pour lui et sa famille, une longue captivité en France, alors que le duc d'Aumale lui avait promis de l'emmener en terre d'Islam, au plus près de La Mecque. Emprisonné à Toulon, puis au château de Pau et enfin à Amboise, il ne sera délivré qu'au bout de 5 ans, en 1852, par Napoléon III lui-même qui vient d'accéder au pouvoir. Au château d'Amboise, l'émir philosophe avec des généraux et des religieux français et écrit une série d'œuvres pour expliquer l'Islam aux Français. Dès lors, un parti « kadérien » se forme qui réclame, avec succès, sa libération.

    Début 1853, libre et muni d'une confortable pension financière du gouvernement français, il aborde Istanbul puis s'installe définitivement, avec un groupe d'exilés, à Damas où se trouve le tombeau du grand mystique musulman Ibn Arabi, pour y enseigner la théologie.

    En 1856, des chrétiens maronites sont massacrés au Liban et en Syrie car l'Empire Ottoman est accusé de leur donner trop de droits. Abd-el-Kader, fils de Mahi-ed-Dine, le « Moghrebin », accompagné de ses compagnons algériens, parcourt la ville de Damas et repousse les émeutiers afin de protéger les chrétiens et leurs familles. Il leur offre même l'hospitalité de sa demeure et sermonne ses frères musulmans. Encensé pour ce geste, il recevra de nombreux hommages en Occident ainsi que le grand cordon de la Légion d'Honneur.

    A Damas, où il mourra le 26 Mai 1883, ce grand humaniste, fin politique, moderne et cultivé, se consacre à la religion et à la littérature, écrivant de nombreux ouvrages et poèmes, enseignant les grands textes coraniques. L'enseignement de l'émir Abd-el-Kader est un modèle de tolérance, d'ouverture et de réconciliation. Toutes les prières, enseigne-t-il, qu'elles émanent de quelque religion que ce soit, s'adressent à un Dieu unique. Le respect de tout individu, même prisonnier, est essentiel.

    Ce grand soldat, cavalier émérite, ne manquera jamais de rappeler ce verset du Coran : « Celui qui tue un homme tue l'humanité tout entière ». Dommage que ce verset ait été arraché du Livre Saint de nombreuses factions actuelles qui se réclament pourtant de leur religion pour justifier des actes ignobles.

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