• Canal de Panama, la galère.

    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>

    Tout auréolé de son succès obtenu par le percement du canal de Suez, le Français Ferdinand de Lesseps se lance dans le percement du canal dit de Panama qui va relier les deux océans Atlantique et Pacifique. Une si faible bande de terres et de lacs, en Amérique centrale, devrait être percée facilement et éviter aux super-tankers et porte-conteneurs ( qui n'avaient pas encore ces noms à l'époque ) de faire le grand tour par le cap Horn au Sud de l'Argentine, comme celui de Suez avait permis d'éviter le contour par le Sud de l'Afrique.

    Avant l'arrivée des Européens au XVème siècle, les Amérindiens circulaient déjà sur des routes qui rejoignaient les deux rives. Puis le Portugais Magellan et Charles Quint au XVIème, émirent aussi l'idée d'un canal. Mais les moyens manquaient. Lesseps crut pouvoir les réunir facilement. Il rachète les droits de Bonaparte Wyse qui avait obtenu, en 1878, une concession de 99 ans avec la Colombie et commence la construction en 1881. Son idée est de faire un canal sans écluses, à niveau en quelque sorte, pour ne pas ralentir la navigation.

    Mais le terrain du golfe de Panama n'est pas aussi simple à creuser que le désert d'Egypte et les conditions météorologiques et naturelles sont déplorables, humidité, roches dures, tremblements de terre et éboulements, crues en saison des pluies, vase de sédimentation, dénivellation entre les deux extrémités du percement. Bref, des retards interviennent, augmentés par les maladies tropicales des ouvriers, malaria et fièvre jaune, si bien que le coût des travaux est bientôt exorbitant par rapport aux prévisions. La situation financière s'aggrave encore quand Lesseps se laisse enfin convaincre, en 1887, qu'il faut jalonner le canal d'écluses dont il confie la construction à Gustave Eiffel. En 1889, la liquidation de la « Compagnie universelle du canal interocéanique de Panama » est prononcée et une plainte sera même déposée, deux ans plus tard, pour fraude et abus de confiance contre les administrateurs, puis une autre pour corruption de parlementaires. Exit, de Lesseps.

    Une Compagnie nouvelle est créée qui offre aux Etats-Unis la propriété du canal et les droits afférents mais ceux-ci préfèrent signer, en Janvier 1903, un traité avec la Colombie pour l'exploitation, pour 100 ans, d'une large bande de territoire de part et d'autre du canal. En Août, le Congrès colombien rejette ce traité. Désappointés, les Américains favorisent alors le soulèvement des séparatistes panaméens contre la Colombie. La République de Panama est proclamée. On peut signer avec elle, en échange de la garantie de son indépendance, un nouveau traité qui offre aux USA la concession à perpétuité du canal et le contrôle d'une zone de 16 km de large. En 1904, les Etats-Unis rachètent à la compagnie française tous ses droits et reprennent les travaux là où ils avaient cessé.

    Dix ans plus tard, le 03 Août 1914, le cargo panaméen SS Cristobal est le premier à franchir le canal sur toute sa longueur. L'inauguration officielle aura lieu le 15 Août. Dorénavant, pour aller de New York à San Francisco, il « suffit » de voguer 9.500 km au lieu des 22.500 nécessaires par le Cap Horn. Mais les écluses, pourtant larges de 33 mètres, limitent le passage des gros navires, assujettis au « panamax », dimensions et tirant d'eau maximum. C'est pourquoi, il a été décidé d'élargir les écluses pour accepter des tankers de plus grande taille. Les travaux ont commencé en 2007.

    Aujourd'hui, bien que rétrocédé au Panama, le canal est toujours considéré comme une voie d'eau intérieure par les Etats-Unis. Les droits de passage varient en fonction du tonnage, du nombre de conteneurs embarqués et du type de cargaison et tournent autour de 54.000 dollars en moyenne. Non négligeable quand on sait que le canal voit passer 15.000 navires par an. Le contrôle du canal est donc d'une importance stratégique. Les Chinois s'intéressent grandement à sa gestion et ont déjà obtenu une concession de 25 ans, en 1999, pour des terminaux de conteneurs. Des études ont aussi été lancées pour des canaux concurrents, plus larges, au Mexique, Colombie ou Venezuela. Car le risque existe qu'une décision unilatérale, du type de celle de Nasser en 1956, change la donne et donc les flux financiers ou qu'une action terroriste ne conduise à son obstruction pérenne.

    On raconte que le peintre impressionniste Gauguin fut employé comme terrassier sur le chantier du canal. Quelle chance qu'il ne fut pas parmi les 25.000 ouvriers qui y laissèrent leur vie. Il avait déjà échappé au rasoir de Van Gogh, le soir où celui-ci s'est coupé l'oreille. Un veinard, ce Paul.

    <o:p> </o:p>

    Tags Tags : , , , , , , , , , , , , , , , , ,
  • Commentaires

    1
    Gilles
    Dimanche 3 Août 2008 à 03:48
    Napoleon
    Une fois de plus merci, car ton post m'a "oblige" d'aller voir plus en detail ce qu'etait ce fameux "scandale de Panama". Pour memoire, le Lucien Napoléon Bonaparte-Wyse que tu evoque est un descendant du sixieme enfant de Lucien, frere de l'Empereur, Laetizia-Christine Bonaparte, qui avait epouse un britannique, Sir Thomas Wyse. Shoking!
    2
    Dimanche 3 Août 2008 à 10:42
    Erudit
    On devrait écrire ces billets à deux, Gilles, car tu fais preuve d'érudition et aimes le détail. Bravo.
    3
    Gilles
    Lundi 4 Août 2008 à 07:36
    Detail
    C'est juste pour montrer que je suis (du verbe suivre....). Comme je suis amene a m'interesser de pres a Napoleon et a sa famille, le destin de ses descendants est parfois amusant ou, a defaut, original! Je citerai par exemple S.A.I. le prince Napoleon (1914-1997) qui a servi a la Legion Etrangere sous le nom de Louis Blanchard, puis dans la Resistance sous celui de Louis Monnier, avant d'etre autorise par le General de Gaulle a servir dans l'armee francaise sous le nom de Lieutenant de Monfort. Je ne suis pas sur que la DPMAT s'y soit retrouve!!!
    4
    Lundi 4 Août 2008 à 09:56
    Livre
    J'ai hâte de lire ton livre, Gilles. Il faut un successeur à Soljenitsyne !
    5
    Mercredi 3 Septembre 2008 à 15:09
    dénivellation Pacifique-Alantique
    Je me pose une question naïve : pourquoi cette dénivellation qui a conduit au percement du Canal de Panama ? La conception spontanée d'équilivre de niveau entre les océans (donc ouverts)s'oppose à l'existence de cette dénivellation. Avez-vous une explication simple opu pas trop complexe ? Merci. Cordialement Régis Gras
    • Nom / Pseudo :

      E-mail (facultatif) :

      Site Web (facultatif) :

      Commentaire :


    6
    Jeudi 4 Septembre 2008 à 12:53
    Dénivellation
    Bonjour Régis. Merci de m’avoir lu. La surface des mers n’est jamais uniforme car les océans sont des masses dynamiques. On le voit bien par la variation de l’amplitude des marées. Le niveau des masses d’eau varie en permanence en fonction de courants de profondeur, de la température qui détermine le degré de dilatation, donc de volume, de la salinité différentielle qui change la densité, de la fonte des calottes glaciaires et des grands courants marins de surface. Le Gulf Stream, par exemple, peut engendrer, par échanges thermodynamiques entre océan et atmosphère, une dénivellation de 1 mètre sur 100 kilomètres. Des écarts de plus de 100 mètres peuvent être constatés entre 2 régions de l’océan distantes de quelques milliers de kilomètres. De plus, les continents, eux-mêmes, bougent. La distance Europe-Amérique s’accroît de 2 à 3 cm/an et dans le Pacifique, des plaques s’éloignent créant de nouveaux fonds marins au rythme de 16 cm/an. Comme le Gulf Stream et le Labrador en surface, de grands courants sous-marins se forment et roulent dans les profondeurs. Une masse d’eaux froides dense plonge à partir du Groenland vers l’intérieur de l’Atlantique pour déclencher tout un système de courants, à températures évolutives, ce qu’on ne retrouve pas du côté Pacifique où la salinité est moindre. Concernant le canal du Panama, la dénivellation n’était naturellement pas importante entre les 2 faces, mais il a fallu creuser des écluses pour hisser les navires jusqu’au niveau du grand lac de Gatun qui servait de parking intermédiaire ou plaque tournante, en quelque sorte. L’eau de ce lac se déverse dans les écluses à chaque passage d’un bateau. Une différence de 26 mètres, en altitude, entre le niveau des océans et le lac a imposé 3 sas d’écluses successifs. Ces 26 mètres pouvaient aller jusqu’à 30 mètres en cas de conjonction exceptionnelle d’un haut niveau du lac et d’une marée basse extrême (les amplitudes de marée sont de 15 mètres en moyenne). Voilà brièvement une tentative d’explication du phénomène qui, je l’avoue, est complexe.
    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :