C’est aujourd’hui, 22 Octobre 2009, 68 ans après qu’il fut fusillé à Châteaubriand, que la lettre d’adieu à sa famille du jeune militant communiste Guy Môquet devrait être lue dans tous les lycées de la République Française.
Bien sûr, puisque c’est une décision unilatérale du Président de la République, relayée évidemment par le Gouvernement, bon nombre d’enseignants ne la liront pas à leurs élèves, pour des raisons politiques, tout comme ils ne feront pas de commentaire historique sur les conditions de sa rédaction.
C’est dommage, car c’est une lettre admirable d’un jeune Français de 17 ans qui s’est engagé à fond dans une cause qu’il estimait juste et qui était prêt, en distribuant des tracts interdits, à risquer sa vie pour des idées nobles.
Les jeunes élèves d’aujourd’hui, malgré l’image nonchalante qu’ils affichent souvent, seraient sans doute prêts à faire de même s’ils étaient placés dans les mêmes conditions historiques. Alors pourquoi leur refuser l’accès à cette belle page d’histoire de leur pays ?
Voici cette lettre :
"Ma petite maman chérie,
mon tout petit frère adoré,
mon petit papa aimé,
Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c’est d’être courageuse. Je le suis et je veux l’être autant que ceux qui sont passés avant moi.
Certes, j’aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c’est que ma mort serve à quelque chose. Je n’ai pas eu le temps d’embrasser Jean. J’ai embrassé mes deux frères Roger et Rino. Quant au véritable, je ne peux le faire hélas ! J’espère que toutes mes affaires te seront renvoyées. Elles pourront servir à Serge qui, je l’escompte, sera fier de les porter un jour.
A toi petit papa, si je t’ai fait ainsi qu’à ma petite maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j’ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m’as tracée. Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j’aime beaucoup. Qu’il étudie bien pour être plus tard un homme.
17 ans et demi, ma vie a été courte, je n’ai aucun regret, si ce n’est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels.
Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c’est d’être courageuse et de surmonter ta peine. Je ne peux pas en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi maman, Serge, papa, je vous embrasse de tout mon cœur d’enfant. Courage !
Votre Guy qui vous aime"