Alors qu’en ce 18 Juin, tout le monde vous parle de l’appel du Général de Gaulle en 1940 à la BBC, je voudrais évoquer un autre anniversaire, celui d’un évènement qui va, lui aussi, changer le cours de l’Histoire de France et le sort de l’Europe : la dernière grande bataille de Napoléon, en 1815, Waterloo.
Moins d’un an après son départ pour l’île d’Elbe, où il rongeait son frein, Napoléon Bonaparte réintègre, le 20 Mars 1815, son palais des Tuileries, à l’issue d’une reconquête spectaculaire qu’on appellera « les 100 jours ».
Mis au ban de l’Europe par le congrès de Vienne, le voici de retour à la grande surprise des pays coalisés, notamment anglais et prussiens. Son aura ayant été ternie, un coup d’éclat aux frontières menacées de la France le crédibiliserait définitivement.
L’Empereur réunit, en toute hâte, 128.000 vétérans, soit à peu près la moitié de toute l’armée française, afin de s’attaquer rapidement aux forces de Wellington et de Blücher dispersées au Sud de Bruxelles, avant que ceux-ci ne soient rejoints par les Autrichiens et les Russes.
Les Prussiens, battus le 16 Juin à Ligny, entre Charleroi et Namur, se retirent en bon ordre. Napoléon ordonne à Grouchy de les poursuivre et d’empêcher leur jonction avec les Anglais. Ces derniers, bousculés par Ney au carrefour des « Quatre Bras », s’installent sur le plateau du Mont-Saint-Jean, position favorable, repérée par Wellington, au Sud de Waterloo. Le vieux renard de Blücher, 73 ans, est introuvable.
Le 17 et dans la nuit, de violents orages s’abattent sur la région, rendant le terrain gras et boueux, frein aux mouvements d’artillerie et aux charges de cavalerie. Le 18 Juin au matin, Napoléon décide de repousser le début de l’attaque après la pluie, laissant les coalisés organiser leurs positions. S’appuyant sur trois grosses fermes fortifiées, Wellington occupe tout le plateau qui domine les Français.
C’est sur celle de l’Ouest, bien fortifiée, que la première attaque est lancée par le Prince Jérôme, frère de Napoléon. Il s’y épuise longtemps avant de la conquérir sans utiliser les canons, alors qu’il ne fallait faire qu’une diversion pour cacher l’assaut au centre sur la Haie sainte. La tactique préférée de Napoléon est de couper la ligne de front en deux puis de se rabattre sur les deux ailes et les battre séparément.
On avance les batteries d’artillerie pour pilonner le centre anglais mais un nuage au Nord-Est laisse déjà entrevoir l’arrivée des avant-gardes prussiennes que Grouchy avait été chargé de retenir et de harceler. L’aile droite de l’Empereur est menacée. Il fait porter un message à Grouchy afin qu’il rejoigne au plus vite mais le seul cavalier se perd et l’ordre arrive trop tard. « Ah, Monsieur, Berthier en aurait envoyé cent » dira Napoléon à Soult. Une partie des troupes, le corps de Lobau notamment, prévues pour l’offensive du centre, font désormais face à la menace prussienne sur le flanc droit.
La canonnade est inefficace, Wellington a fait reculer ses lignes et les boulets ne ricochent pas sur la terre détrempée. Pourtant, les troupes de Ney et d’Erlon s’élancent mais de façon trop compacte du fait de l’exigüité du compartiment de terrain, elles ne peuvent manœuvrer. Elles sont fauchées à bout portant. Les cavaliers ennemis entrent alors en action et ajoutent à la confusion. Les Français attaquent en montant, peinant dans la boue, face à des rangs ordonnés qui les attendent sur le haut du plateau. Bien loin de la « morne plaine » de Hugo. C’est l’échec de la rupture du front et déjà des milliers de cadavres jonchent le sol.
Un messager arrive avec des nouvelles de Grouchy qui n’a pas reçu l’ordre de l’Empereur de rejoindre au plus vite. Trop tard pour espérer son soutien. Il faut donc attaquer et briser le front au centre avant l’arrivée du gros des troupes de Blücher à l’Est. Vers 15 heures, on repart à l’assaut de la Haie sainte. C’est alors que le maréchal Ney se méprend sur un mouvement et une colonne de fumée qu’il prend pour un début de retraite des Anglais alors que ce sont des blessés que l’on replie vers le Nord. Ney, brûlant d’impatience, lance ses cavaliers à leur poursuite, soutenus par ceux de la Garde. Napoléon, qui n’a pas donné l’ordre de la charge, croit à un simple mouvement de repositionnement. Il ne s’y oppose donc pas. La charge de cavalerie, prématurée, sans tirs d’artillerie préalables ni soutien d’infanterie, surprend aussi les Anglais qui ne sont nullement en train de se replier et croient à une ruse. Venant buter sur les carrés anglais compacts, les cavaliers sont défaits.
( A suivre )