Lorsqu’il vient au monde, à Cayenne en 1884, dans une Guyane libre et française depuis 1848, Adolphe Félix Eboué, petit fils d’un esclave noir, ne sait pas encore qu’il sera une aide précieuse, un demi siècle plus tard, pour le général de Gaulle.
Ce créole intelligent et curieux part, muni d’une bourse, faire ses études à Paris dès 17 ans. Diplômé de l’Ecole coloniale en 1908,
il s’intéresse aux colonies africaines de la France.
Première affectation l’année suivante comme administrateur en chef dans l’Oubangui-Chari (c’est ainsi qu’on nommait la République Centrafricaine à cette époque ) où il restera 24 ans
entrecoupés de courts séjours en Guyane pour revoir sa famille. Il a 30 ans, en 1914 lorsque
sa demande d’engagement dans l’Armée lui est refusée.
Son style particulier et humaniste ( il adhère à la Ligue des Droits de l’Homme ) lui permet de concilier culture africaine ( sur laquelle il écrit plusieurs livres ) et modernisation dans un
cadre colonial. Il favorise les cultures vivrières et le coton, développe les voies de communication et donc le commerce tout en maintenant les traditions locales.
A partir de 1932, il est successivement envoyé en Martinique où il améliore la condition de vie des plus démunis, au Mali ( appelé Soudan français ) où il met en valeur les
rives du Niger et prône la sédentarisation des nomades, en Guadeloupe en 1936 où la
crise économique fait rage, au Tchad enfin en 1939, comme gouverneur de cette toute nouvelle colonie convoitée par les Italiens.
Depuis Fort-Lamy ( actuelle N’djamena ), Félix Eboué apprend l’effondrement de l’armée française en 1940 et l’occupation du Nord de la France. Refusant l’armistice précipité, sur
conseil du colonel Marchand qui commande le régiment de Tirailleurs sénégalais du Tchad, il câble le 29 juin au gouverneur général Boisson son intention de maintenir le Tchad dans la guerre. Mais Boisson, après moult hésitations, reste fidèle au maréchal Pétain. Eboué prend alors contact avec le général de Gaulle dont l’écho de l’Appel du 18 juin lui est parvenu.
Le nouveau chef de la France libre lui envoie, en Août, deux émissaires que Eboué accueille chaleureusement. Ce ralliement du Tchad à la France libre et combattante, le premier de l’Empire colonial français, sera déterminant car il entraînera celui de plusieurs pays africains francophones de l’AEF qui entrent ainsi en dissidence par rapport aux ordres officiels de l’Etat français.
Après l’avoir rencontré à Fort-Lamy, le général de Gaulle le nomme Gouverneur général de l’Afrique Equatoriale Française et le fera, en 1941, compagnon de l’Ordre de la Libération.
Doué d’un bon sens pratique, Félix Eboué développe ensuite une nouvelle politique indigène en AEF qui s’appuie sur les élites et les traditions locales tout en organisant l’amélioration matérielle et économique des populations.
Début 1944, il participe à la Conférence de Brazzaville sur la décolonisation et a le plaisir
de voir ses théories reprises largement par le général de Gaulle, initiateur de cette conférence.
Aussitôt après, il se rend en Egypte pour dissiper un différend entre le Premier Ministre du roi d’Egypte et le Comité français de la libération nationale ( CFLN ). Puis, brusquement, alors qu’il donne une conférence au lycée français du Caire, il fait un malaise et doit s’aliter. C’est une congestion pulmonaire qui l’emportera le 17 mai 1944. En mai 1949, ses cendres seront transférées au Panthéon.
Son action aura permis au colonel Leclerc de trouver une base de départ pour former une petite troupe combattante, composée de quelques centaines de méharistes et tirailleurs, tchadiens, sénégalais et européens armés de façon disparate, afin de s’emparer, en 1941, de l’oasis de Koufra en Libye, petite garnison italienne.
Victorieuse, au contraire des Britanniques qui échouent à Mourzouk, cette désormais célèbre
« colonne Leclerc » sera le début d’une longue marche victorieuse qui passera par la libération de Paris et de Strasbourg.
Merci Félix.