Dès le IIIème siècle, les Romains à l’agonie se montrent impuissants à contenir l’invasion, en Europe de l’Ouest, des Germains, eux-mêmes poussés en avant par les Huns.
Childéric, à la tête d’une tribu germanique nommée Francs Saliens, occupant l’actuelle Belgique, décède en 481. Son fils, Clovis, est élu roi à son tour. Il n’a que 15 ans mais cela équivaut à la majorité dans ce Moyen-âge où la moyenne d’âge est d’environ 25 ans.
Ambitieux et sans scrupule, ce petit chef païen ne se contente pas des bords du Rhin inférieur et il lance quelques dizaines de milliers de guerriers barbares à la conquête du dernier royaume gallo-romain, entre Somme et Loire, gouverné par Syagrius. Les armées, qui s’affrontent près de Soissons en 486, voient la victoire de Clovis pendant que Syagrius s’enfuit chez les Wisigoths dans la région de Toulouse.
Vainqueurs, les Francs se livrent alors, comme c’est l’usage, au pillage de la ville puis, le butin rassemblé aux pieds du chef, attendent le tirage au sort qui va attribuer à chacun son lot.
Clovis, déjà fin politique, a compris qu’il ne pourra régner sur ces nouvelles terres qu’avec l’appui de l’Eglise, toute puissante. Il repère, dans les œuvres d’art pillées, un majestueux vase liturgique en argent que l’émissaire de l’évêque Rémi est venu lui prier de rendre, tant il a de valeur aux yeux des hommes de Dieu.
« Très valeureux guerriers » déclame Clovis devant ses hommes, « cédez-moi ce vase, en sus de ma part ». Les hommes acquiescent, le butin est vaste mais l’un d’entre-eux, impulsif et sûrement jaloux, lui rétorque : « Tu ne recevras que ce que le sort t’attribuera vraiment » et il frappe le vase de sa hache.
Grégoire de Tours, qui nous conte l’anecdote dans son « Histoire des Francs » raconte que le roi ne répond pas à l’affront mais « garde sa blessure cachée dans son cœur ». L’évêque de Reims récupéra quand même son vase cabossé que Clovis avait du échanger contre quelques trophées à celui que le sort avait désigné.
Un an plus tard environ, soit le 1er Mars 487, lors d’une revue d’armes avant le départ pour la guerre, Clovis reconnaît le soldat insolent. Il se plante devant lui et l’interpelle : « Personne n’a d’armes aussi mal tenues que les tiennes ». Joignant le geste à la parole, il lui arrache sa francisque qui tombe à terre. Le soldat se penche alors pour récupérer son arme. C’est le moment que choisit Clovis pour lui asséner un violent coup d’épée sur le crane qu’il brise net. On ne sait si le guerrier a entendu la sentence : « Ainsi as-tu fait au vase de Soissons ». La légende populaire retiendra : « Souviens-toi du vase de Soissons ».
Dès lors, même à 20 ans, l’autorité de Clovis était assurée et nul n’allait plus la lui contester durant les années suivantes de conquête.
En 496, à Tolbiac près de Cologne, les Francs repoussent avec difficulté une attaque des Alamans, tribu germanique qui donnera son nom au pays. Pour forcer la victoire, on prétend que le roi Franc aurait imploré le Dieu de Clotilde, sa pieuse épouse catholique, fille du roi des Burgondes, épousée pour une alliance contre les Wisigoths, principaux opposants.
On croit facilement aux signes du destin en cette époque et, après sa propre conversion et son baptême à Reims, le 25 Décembre 498, en même temps que des milliers de guerriers francs, la conquête du reste de la Gaule lui était devenue permise.
Aurait-il gagné sans l’épisode du vase et surtout sa rancune sanglante, nul ne le saura mais le fait est que la mosaïque d’Etats germaniques sera remplacée par l’ébauche d’une Nation. La Gaule devient franque.
Les descendants de Clovis vont régner pendant trois siècles sous le nom de Mérovingiens ( d’après Mérovée, un prétendu ancêtre ) avant que ne leur succèdent les Carolingiens de Charlemagne.
Pour le Général de Gaulle, semble-t-il aussi, l’Histoire de France commence avec Clovis, ce roi païen Franc devenu Chrétien.