• Au Moyen-âge et jusqu’à l’adoption du calendrier grégorien, la nouvelle année commençait avec l’arrivée du printemps, soit le 1er ou le 25 mars. Grégorien en effet, notre calendrier car c’est le Pape Grégoire XIII qui le promulgua, en 1582, en remplacement du calendrier Julien, trop décalé par rapport aux solstices et équinoxes. Progressivement, la plupart des pays d’Europe, catholiques d’abord puis protestants, adoptèrent le 1er janvier comme date inaugurant la nouvelle année, même en Russie où un oukase de Pierre le Grand, en 1699, décréta cette bascule tout en conservant le calendrier Julien. Ce passage calendaire s’est partout accompagné de fêtes spécifiques. On décore les sapins, seuls arbres encore verts en cette saison.

    Après la révolution de 1917 en Russie, les Communistes bannissent toute allusion à la religion. Noël est ainsi occulté mais le 31 décembre, avant le jour de l’année nouvelle, reste jour de joie païenne avec l’arrivée du Grand-père Gel, le fameux Ded Moroz (en russe Дед Мороз ou Väterchen Frost en allemand), qui ressemble beaucoup physiquement à notre Père Noël mais du fait qu’il symbolise le Dieu de l’hiver, la légende lui prête les traits d’un méchant bonhomme qui enlève les enfants, les emporte dans son grand sac pour les congeler. Pour pouvoir les libérer, les parents devaient, toujours selon la légende, lui apporter des cadeaux. On est donc plus près de la figure du Père Fouettard que l’on rencontre dans le Nord de la France, en Alsace (le Hans Trapp), en Belgique (le Ruprecht) et aux Pays-Bas (le Zwarte Piet) que du Père Noël ou de Saint-Nicolas.

    Quand Saint-Nicolas visite les enfants dans les chaumières, le 06 décembre, avec des sucreries et des cadeaux, le Père Fouettard, qui l’accompagne, chasse ceux qui n’ont pas été sages pour les fouetter par des coups de lanière de son martinet et les emporter, tel Ded Moroz, dans son grand sac. Il faut dire que son accoutrement avec chaînes et grelots, ses grandes bottes qui raclent bruyamment le sol, son habit coloré de page à la peau noire (on prétend que ce serait un Maure venu d’Espagne à l’époque des razzias nord-africaines), ont tout pour effrayer les enfants.

    Au fil du temps, ce Ded Moroz, Grand-père Gel russe, bélarusse ou ukrainien, a évolué. Il porte toujours un grand manteau rouge (ou bleu), une longue barbe et se déplace en troïka tirée par des chevaux mais il distribue désormais le 31 décembre des cadeaux aux groupes méritants (Pionniers, Komsomols ou comités d’entreprise). Noël ne sera rétabli ouvertement qu’en 1992 par l’église orthodoxe, laquelle reste fidèle au calendrier Julien et attend donc notre 07 janvier pour le fêter.

    On rencontre souvent ce bonhomme hiver avec sa petite-fille « Fée des neiges » Snegurochka (en russe Снегурочка ou Schneemädchen en allemand) que la légende fait fondre à la fin de l’hiver.

    A noter que le monde anglo-saxon a aussi son « Jack Frost » ou « Father Frost » qui façonne les dessins de givre ou de glace.


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  • Tous les ans à même époque, soit le 10 novembre à 09 h 05, Istanbul se fige et les Turcs respectent une minute de silence en souvenir du père de la nation, « Atatürk », le père des Turcs ou « Turc-Père », surnom donné à Mustafa Kemal, le premier président de la nouvelle République, formée grâce à son énergie sur les ruines de l’Empire ottoman.

    C’est un sacré bonhomme, ce Mustafa, né en 1881 à Salonique (la Thessalonique grecque d’aujourd’hui) et entré très jeune à l’école des Cadets de Monastir où il étonnera son professeur de maths, Mustafa Bey, lequel ajoutera Kemal au nom de ce brillant élève, ce qui veut dire « le Parfait ».

    Officier dans l’armée du sultan, volontiers noceur, il lit les grands auteurs français des Lumières, se passionne pour la révolution et pour Napoléon. Considéré comme subversif, il est envoyé à Damas, très loin de Constantinople, le nom que prit Byzance avant de devenir Istanbul. A son retour, pourtant, il ne participe pas au mouvement de contestation révolutionnaire des « Jeunes-Turcs » d’Enver Pacha, partis de Macédoine en 1908, qui veulent rétablir la constitution abolie par le sultan. Ce sont eux qui écarteront les Arméniens des postes de responsabilité puis les déporteront avant de tous les assassiner.

    Les Turcs auront le malheur de choisir le mauvais camp pendant la première guerre mondiale, celui de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie, ce qui vaudra à ce qu’il reste de l’Empire Ottoman d’être démembré par le traité de sèvres en 1920, au profit notamment de la France et du Royaume-Uni. Le sultan à Istambul s’incline mais un jeune général, Mustafa Kemal, entre en rébellion à Ankara et, fort de l’appui des Turcs nationalistes et des Russes communistes, écrase les Arméniens, chasse les troupes et populations étrangères, grecques notamment, d’Anatolie. Ce sursaut lui vaudra le titre de « Ghazi », le Victorieux. Dans la foulée, devenu l’homme fort qui a discrédité le Sultan, il contraint les Alliés à signer un nouveau traité moins sévère. Ce sera Lausanne en 1923.

    Depuis Ankara, sa nouvelle capitale, Atatürk  abolit le sultanat pour le remplacer par une République dont il prend la tête. Grande nouveauté que cet Etat laïc dans un pays musulman. Inspiré par la révolution française, Kemal veut moderniser le pays et rendre aux Turcs leur fierté. Astucieusement, il proclame l’Islam religion nationale, ce qui lui laisse les coudées franches pour transformer la société, grâce à un parti unique, interdire les vêtements traditionnels ottomans, tels que le Fez ou le voile, ainsi que la polygamie, passer au système métrique, au calendrier grégorien, abandonner l’alphabet arabe au profit du latin, prôner l’égalité des sexes, établir un code civil à l’européenne. Il va se heurter, cependant, au problème des Kurdes qui ne s’intègrent pas dans ce nouveau schéma.

    Kemal Atatürk meurt en pleine gloire, le 10 novembre 1938. Il avait 57 ans et n’a pas survécu à une cirrhose du foie. Un mausolée conserve sa mémoire et son successeur, Ismet Inönü, encouragera le culte de la personnalité de ce père de la nation.

    Je doute que Mustafa Kemal Atatürk ait goûté le retour en arrière actuel de la société turque qui s’est ré-islamisée de façon encore plus radicale qu’auparavant. Il s’étonnerait de voir les Américains, sous couvert de l’OTAN, et les Russes, sous prétexte historique ancien, se disputer son influence et ses accès aux mers intérieures. Il postulerait, sans doute, pour une intégration de son pays au sein de l’Union européenne, ce qui n’est pas gagné pour l’instant. Mais l’histoire a de tels retournements, sait-on jamais !


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  • Après la défaite du Japon en 1945, celui-ci ne peut plus se maintenir sur la péninsule de Corée qu’il avait annexée en 1910 et contrôlait d’une main ferme. Les vainqueurs, à la Conférence de Yalta, s’entendent pour se partager le monde et, concernant la Corée, se mettent d’accord pour une scission à hauteur du 38ème parallèle (une centaine de kilomètres au nord de Séoul), sous influence russe communiste au Nord et américaine au Sud. Puis, les deux grandes puissances utilisent leur présence militaire pour imposer des gouvernements amis, conformément aux us de la « guerre froide », ce qui conduisit, en 1948, à l’établissement de deux « républiques » distinctes et rivales.

    Le 25 juin 1950, l’armée de la Corée du Nord, fortement « conseillée » par l’URSS, franchit par surprise ce 38° parallèle et bouscule les forces sudistes moins bien préparées. Aussitôt, le Conseil de sécurité de l’ONU se réunit pour prendre une résolution incitant ses membres à porter assistance à la Corée du Sud. C’est le début de la guerre de Corée qui va durer trois ans en faisant inutilement 1,5 millions de morts.

    Les Américains, encore présents au Japon, s’engagent les premiers, bientôt suivis par une quinzaine d’autres Etats, notamment du Commonwealth. Les Français, déjà impliqués dans un conflit en Indochine-Vietnam depuis 1946, sont assez réticents à ouvrir un autre front et ils ne dépêchent sur place, dans un premier temps, que la frégate La Grandière. Mais l’appel timide aux volontaires est un succès sur tout le territoire et un bataillon à quatre compagnies d’anciens combattants, légionnaires ou maquisards de la seconde guerre mondiale à peine achevée, est bientôt constitué. On cherche un chef expérimenté pour commander cette unité disparate lorsque se présente un vieux général de 58 ans, ancien de la 13°DBLE à Narvik, Raoul Magrin Verneret que l’on appelle Ralph Monclar. Il est déclaré trop vieux et trop gradé mais réussit à persuader ses interlocuteurs, qu’avec le simple grade de lieutenant-colonel, il peut prendre le commandement de ce nouveau bataillon français, BF/ONU. Monclar impose alors à ce millier d’hommes un entraînement de fer avant de les embarquer, le 25 octobre 1950, à Marseille en direction du port de Pusan, au Sud-Est de la Corée. Le BF/ONU sera affecté au 23rd US Infantry Regiment de la division américaine « Indian Head ». Moqués et baladés d’emblée par les Yankees, les Frenchies vont s’endurcir et se jurer qu’on les respecterait bientôt.

    C’est le moment où, les Chinois étant venus prêter main forte au Nord, le front entre communistes et occidentaux, après plusieurs allers-retours Nord-Sud, s’est stabilisé à hauteur de Séoul. En janvier 1951, par un temps glacial, les Français tirent leurs premiers coups de feu au lieu-dit Twin Tunnels et, quand les fusils sont gelés, attaquent les Chinois maoïstes à la baïonnette, notamment à Wonju. « Les Français nous ont montré que les baïonnettes n’ont pas été inventées pour ouvrir des boîtes de ration mais pour nous battre » dira le général Ridgway qui a remplacé Mc Arthur, jugé trop radical par Truman. Jusqu’en février, le bataillon français va s’accrocher aux hauteurs du village de Chipyong-ni, face à un ennemi nettement supérieur en nombre. 

    Au printemps, le 38ème parallèle est franchi vers le Nord puis, en octobre, Monclar, le commandant Le Mire et leurs hommes s’emparent de deux côtes stratégiques pour la progression de la division américaine, dont le fameux piton Heartbreaker Ridge, Crèvecoeur,  qui leur vaudra une nouvelle citation honorifique. C’est à Crèvecoeur que Jean Larteguy, officier et écrivain, sera blessé.

    Après une période de repos bien mérité, sous la pluie qui a remplacé le froid, le BF/ONU doit, sous le commandement du lieutenant-colonel Boreill, bloquer une nouvelle offensive chinoise durant l’été 1952, dans le « Triangle de fer ». Pilonnés par l’artillerie, assaillis par l’armée populaire de libération, les hommes de Monclar résistent, tantôt à coups de pelles quand les munitions manquent, tantôt en se portant au secours d’un régiment Sud-Coréen en mauvaise posture à White Horse, ce qui vaudra au chef de section la plus haute distinction coréenne.

    Au vu de ces faits d’armes, les moqueries de début de campagne ont bien sûr cessé et le bataillon sera placé en défensive durant l’année 1953. Lorsque, le 27 juillet 1953, l’armistice de Pan-Mun-Jon est signé, les belligérants s’accordent, après près de deux millions de morts, sur une situation qui revient au statu quo ante bellum.

    Les Français, qui ont laissé presque 300 des leurs en Corée, n’en ont pourtant pas fini car ils embarquent aussitôt pour l’Indochine, formant à Saïgon le Régiment de Corée par adjonction d’autres unités françaises ou khmers jusqu’à la défaite en 1954. C’est alors l’embarquement pour l’Algérie ou le « Bataillon de Corée », est reconstitué.

    Soldats, par votre vaillance, votre courage et votre ténacité, vous avez bien mérité votre badge « Indian Head » à « la tête d’Indien » et vous êtes, comme vous a dit Monclar « prisonniers de votre gloire » !


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  • Bien qu’évènement atroce dont on ne connait pas encore vraiment le commanditaire, les attentats qui ont eu lieu le 11 septembre 2001 dans l’est des USA commencent à s’estomper de la mémoire des jeunes générations. Que dire alors des autres évènements plus anciens dont nous pourrions fêter l’anniversaire, en ce 11 septembre ?

    Comme, par exemple, le coup d’Etat chilien qui renversa Salvador Allende en 1973 ou la mort de l’As français du combat aérien, Georges Guynemer, pendant la première guerre mondiale.

    Lorsque la guerre éclate à l’été 1914, Georges Guynemer a 20 ans et veut s’engager mais les médecins le déclarent inapte, trop chétif pour la rude vie du front. Son père Saint-Cyrien tente d’user de ses relations mais rien n’y fait. Georges réussit cependant à se faire embaucher, au titre du service auxiliaire, comme aide mécanicien puis, tenace, comme élève pilote, à l’école de pilotage de Pau. Breveté en 1915, il est affecté à l’escadrille MS 3 (comme Maurane-Saulnier, nom des nouveaux appareils perçus par cette unité aérienne) et prend en compte le « Vieux Charles » ayant appartenu au sergent Charles Bonnard.

    Dès lors, en mission d’observation au plus près des combats au sol, il va enchaîner une série d’exploits qui vaudront au jeune pilote de 21 ans la croix de guerre puis la médaille militaire. L’escadrille MS 3 est rebaptisée N 3 avec l’arrivée des Newport 10 égalant en puissance les avions Fokker allemands. L’Audacieux sergent Guynemer prend de plus en plus d’assurance et devient l’un des meilleurs pilotes de sa génération. C’est le président Poincaré, lui-même, qui lui remet la Légion d’Honneur pour bravoure sur les arrières de l’ennemi. Avec une cinquième victoire aérienne homologuée, il accède au titre glorieux d’As mais ne va pas en rester là. Promu lieutenant en 1916, il participe aux combats de Verdun et de la Somme. Il est blessé de plusieurs balles mais reprend l’air dès ses blessures soignées.

    Le groupe des Cigognes (en référence à l’Alsace que tous voulaient ramener dans le giron français) met au point avec ses meilleurs éléments, Alfred Heurtaux, René Fonck (l’As des As), Roland Garros (l’inventeur du tir au travers de l’hélice), une technique de combat qui consiste à surprendre l’adversaire par l’arrière, lui porter un coup brutal et bref puis s’esquiver avant qu’il ait eu le temps de riposter. Guynemer excelle à ce jeu, collectionnant les victoires, abattant même un bombardier allemand aux commandes d’un avion Spad dont il avait contribué à améliorer la motorisation en écrivant à l’ingénieur en chef de l’entreprise. C’est justement aux commandes d’un Spad, son « avion magique » qu’il atteindra sa 53ème victoire homologuée.

    Après 45 avions abattus, 20 citations et 2 blessures, il est promu en 1917 officier dans l’ordre de la Légion d’Honneur, médaille que lui remet le général Franchet d’Espèrey, assortie de la belle citation suivante : « Officier d'élite, pilote de combat aussi habile qu'audacieux. A rendu au pays d'éclatants services, tant par le nombre de ses victoires que par l'exemple quotidien de son ardeur toujours égale et de sa maîtrise toujours plus grande. Insouciant du danger, est devenu pour l'ennemi, par la sûreté de ses méthodes et la précision de ses manœuvres, l'adversaire redoutable entre tous. A accompli, le 25 mai 1917, un de ses plus brillants exploits en abattant en une seule minute deux avions ennemis et en  remportant dans la même journée deux nouvelles victoires.

    Par tous ces exploits, contribue à exalter le courage et l'enthousiasme de ceux qui, des tranchées, sont les témoins de ses triomphes. »

    Le 10 septembre 1917, Guynemer doit se poser en Belgique pour faire réviser le moteur de son Spad XIII qui a, une nouvelle fois, des ratés. Le pilote est soucieux mais redécolle le 11 septembre pour effectuer, ce qu’il ignore encore, son dernier vol. En patrouille avec un autre pilote, Jean Bozon-Verduraz, il sillonne la zone de Langemark, au centre du triangle Lille, Dunkerque, Gand, au dessus de la Belgique. Guynemer aperçoit un Rumper biplan allemand isolé et fonce sur lui sans s’apercevoir que plusieurs Fokker, plus haut, le prennent aussitôt en chasse. Bozon-Verduraz, qui a vu la manœuvre, tente de les disperser mais quand il cherche ensuite à rallier son chef de patrouille, celui-ci a disparu, vraisemblablement abattu. Les Allemands glorifieront le lieutenant Kurt Wissemann pour cet exploit mais ni l’avion ni la dépouille de cette « superbe cigogne » ne seront retrouvées car la carcasse crashée à Poelkapelle et son occupant, capitaine de 22 ans, disparaîtront sous un feu puissant d’artillerie, malencontreusement déclenché à ce moment.

    « Mort au champ d’honneur le 11 septembre 1917. Héros légendaire, tombé en plein ciel de gloire, après trois ans de lutte ardente. Restera le plus pur symbole des qualités de la race : ténacité indomptable, énergie farouche, courage sublime. Animé de la foi la plus inébranlable dans la victoire, il lègue au soldat français un souvenir impérissable qui exaltera l’esprit de sacrifice et provoquera les plus nobles émulations. »

    Ces seigneurs de l’air, tel « le Baron rouge » allemand, avaient beaucoup de classe et savaient à l’occasion épargner un adversaire qu’ils respectaient car tous connaissaient la réputation, jamais usurpée, de leur concurrent. Attitude noble et chevaleresque.

    Que ces pages d’histoire, à l’image du petit Prince Antoine de Saint-Exupéry, sont belles ! Puissent les générations actuelles quitter leur écran digital pour les relire et s’en inspirer.


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  • En ce vendredi 15 août, jour de l’Assomption, tout le monde pense au débarquement de Provence en 1944. Je souhaite vous évoquer une autre histoire.

    Le royaume d’Ecosse, cette contrée inhospitalière au nord des îles britanniques, s’est constitué, au Moyen-âge, à la force du glaive par des peuples rudes et fiers. Ce furent, tour à tour, les Pictes alliés aux Scots venus d’Irlande, avant l’an 900, sous les règnes de Kenneth 1er Mac Alpin et Donald, premiers rois d’Ecosse, puis les Celtes bretons, les Angles venus de Germanie et enfin les païens Vikings scandinaves. De l’autre côté de la Manche, c’est l’époque de Charlemagne.

    On ne s’étonnera pas que la conquête du pouvoir de ce Scotland, royaume âpre et austère, se soit faite plus volontiers par l’usurpation brutale que par la négociation, le consensus ou l’hérédité.

    A la mort de Malcolm II en 1034, c’est son petit-fils Duncan qui est placé, à 33 ans, sur le trône d’Ecosse. Cela ne plait pas du tout au Comte de Moray (une province à l’Est des Highlands peuplée de Pictes puis de Vikings) nommé Macbeth, un rude guerrier jusqu’alors grand serviteur du roi, du fait que ce dernier pensait que le titre royal devait lui revenir car il avait épousé Gruoch, la petite-fille de Kenneth III, assassiné justement par le dit Malcolm II. Or, le système des Thanes (seigneur d’un Comté local), hérité des Celtes, établit que le droit au trône est conféré par la mère, ce qui légitimait Macbeth à ses yeux. Pendant 6 ans, il va ruminer sa colère et sa frustration, d’autant plus exacerbées que le nouveau roi Duncan, qu’il juge usurpateur, en vient à se mêler des affaires du comté de Moray, celui de Macbeth.

    C’est au cours de la bataille de Pitganevy (aussi nommée Bothnagowan), près d’Elgin, sur ses terres de Moray donc, que Macbeth défie le roi et ses troupes le 14 août 1040. Par traitrise vraisemblablement, il le fait assassiner, et se proclame Roi d’Ecosse à sa place. Il pensera expier son meurtre par un pèlerinage à Rome en 1050.

    Les deux fils de Duncan, Malcolm et Donald, s’enfuient en Angleterre mais n’auront de cesse de venger leur père.

    Le fier roi d’Ecosse, Macbeth, poursuit la politique de Malcolm II, l’un de ses prédécesseurs, et lève des troupes pour conquérir, lui aussi, la Northumbria, au nord-est de l’Angleterre sur la côte Est. Malcolm en avait conquit le Lothian jusqu’à la rivière Tweed au sud d’Edinburgh. Macbeth veut poursuivre encore plus au sud. Mais le 27 juillet 1054, à Dunsinane, près de Perth, il est battu par Siward, le comte de Northumbria, qui avait rassemblé une armée mixte composée d’Anglais, de Scandinaves et d’Ecossais. Entouré de Normands fidèles, Macbeth cède le Lothian et se réfugie plus au Nord.

    Or, Siward, le vainqueur de Dunsinane, appartient à la famille de la femme du futur Malcolm III, l’un des fils du roi Duncan que Macbeth avait malicieusement tué pour prendre sa place. Comme le monde d’Ecosse est petit !

    Depuis cette date fatidique de 1040, Malcolm n’a pas oublié la mort de son père et prépare sa vengeance depuis son exil anglais, c’est à dire renverser Macbeth qui se croit invincible. L’occasion lui en est donnée le 15 août 1057, à Lumphanan, 30 kilomètres à l’ouest d’Aberdeen. Au cours d’une escarmouche, les deux hommes se battent et c’est Macbeth qui est blessé, suffisamment sérieusement pour que la mort survienne à la suite des coups portés.

    Malcolm pense que son tour est alors venu de ceindre la couronne royale tant attendue mais tout le monde l’a oublié et c’est le fils de Lady Macbeth, la fameuse Gruoch, que les partisans de Macbeth, encore assez puissants, vont proclamer Roi à Scone (près de Perth). Le jeune Lulach, 25 ans, est bien fils de la veuve de Macbeth et d’un certain Gillcomean qui dirigea le Comté de Moray, avant que Macbeth ne l’élimine lui-même pour le remplacer à la tête du Comté mais aussi dans le lit de sa femme. Lulach est ainsi devenu son beau-fils.

    C’en est trop pour Malcolm qui monte une embuscade à Essie, le 17 mars 1058, dans la région de Strathbogie (sud de l’Ecosse, nord de Liverpool, Manchester actuels) et élimine ce rival jeune mais gênant. Dès lors, il se fait appeler Malcolm III, ce qui lui sied mieux que « Canmore », surnom qui veut dire « grosse tête ». Sa dynastie durera 200 ans jusqu’à l’avènement des Stewart.

    C’est ainsi que, par le glaive qui transperça Duncan, Macbeth et Lulach, fut donné un roi unique à l’Ecosse. Les guerres sur l’île de Bretagne insulaire n’en étaient pas finies pour autant. Bientôt, en octobre 1066, le dernier roi anglo-saxon d’Angleterre, Harold, devra s’incliner à la bataille d’Hastings, tout à fait au sud des terres anglaises, face au Français Guillaume de Normandie.

    Cette histoire n’aurait jamais été connue sans la curiosité de William Shakespeare qui s’en inspira, en la déformant, pour réaliser, en 1623, sa fameuse tragédie (ne dites pas Macbeth, ce qui porte malheur, mais The Scottish Play). Sans doute, 800 ans tout justes après les aventures du vrai Macbeth, faut-il aussi imputer cette mémoire historique à l’opéra musical de Giuseppe Verdi.

    Si vous passez un jour par Edinburgh, Glasgow ou Aberdeen, vous aurez peut-être la chance de voir un guerrier Gaël en costume d’époque perpétuer la danse victorieuse Ghillie Callum qu’avait engagée Malcolm à Dunsinane au dessus de deux épées croisées au sol, la sienne et celle de son adversaire.


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