• La Guerre est Hors-la-Loi.

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    Quand elle prit fin, après 4 années d'horreur, on ne s'imagine pas ce que fut le traumatisme de la première Guerre mondiale qui vit les plus jeunes générations de l'Europe se faire massacrer par vagues successives. Pour les survivants et les familles, ce fut comme un lent tsunami ou un 11 Septembre qui s'éternise. « Plus jamais ça ». Dans ces conditions, il n'est pas étonnant de rencontrer un homme politique, dans les années 1920-1930, qui se donne pour idéal de restaurer la paix entre toutes les nations, jadis ennemies. Ce fut le cas de l'avocat devenu 11 fois ministre et Président du Conseil, notamment pendant la terrible bataille de Verdun, j'ai nommé Aristide Briand.

    Passant des Affaires étrangères à l'Intérieur, de la Justice à l'Education nationale, Briand montrera son immense talent de conciliateur et de persuasion, manquant de peu d'obtenir l'abolition de la peine de mort. Engagé nettement à gauche, orateur redouté, ce militant socialiste n'eut de cesse d'arrondir les angles et de rechercher les compromis, si bien que ses amis politiques le qualifient de traitre lorsqu'il brise une importante grève de cheminots et défend, avec Emile Combes, la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat, en Décembre 1905, alors qu'il est ministre de l'Instruction publique et des Cultes.

    Lorsqu'en 1924, pour l'éloigner du pouvoir, il est envoyé à la SDN, Société des Nations, il rencontre une scène à sa mesure. Il se fait alors le champion de la paix et s'attaque au difficile dossier des « réparations », non encore résolu. Sa politique de réconciliation avec l'Allemagne lui sera, bien sûr, reprochée mais il persiste et obtient la signature du Pacte de Locarno sur la sécurité de l'Europe, en 1925, grâce à des conversations directes avec le ministre des AE allemand Stresemann. L'Allemagne est admise à la SDN. « Pacifiste bêlant » pour ses adversaires, Aristide Briand reçoit le Prix Nobel de la Paix en 1926.

    Pour pallier l'absence des Etats-Unis et de l'URSS au sein de la SDN et réintroduire ces deux pays dans le système de sécurité collective européenne, Aristide Briand profite du 10ième anniversaire, le 06 Avril 1927, de l'entrée des Américains dans la première Guerre mondiale, pour proposer, dans un discours à son homologue américain, le Secrétaire d'Etat Frank B. Kellogg, un pacte bilatéral par lequel les deux pays s'engageraient à renoncer mutuellement à la guerre comme moyen politique. Le sénateur républicain approuve et propose même que ce traité devienne universel et soit étendu aux autres Etats qui s'engagent à le respecter.

    C'est ainsi que le 27 Août 1928, dans le salon de l'Horloge du ministère des AE à Paris, les représentants de 15 nations, sous la présidence de Briand, Kellogg et Gustav Stresemann, signent le « Pacte Briand-Kellogg » par lequel ils renoncent solennellement à la guerre. 48 autres nations les suivront bientôt.

    Renoncer à la guerre, déclarer la guerre « hors-la-loi », quel bel objectif mais quelle utopie aussi. C'est comme si on votait une loi contre la pluie ou les orages. On peut signer un pacte et déclarer la guerre aussitôt après, en invoquant des circonstances extraordinaires. Le Krach de Wall Street en 1929 et la crise économique, tout autant que la montée en puissance des idées revanchardes, vont anéantir les efforts et les vœux pieux de la SDN, pas encore surnommée le « machin » par dérision. Paralysée par la règle de l'unanimité et impuissante par manque de glaive propre, la Société des Nations ne pourra pas répondre à l'agressivité des Etats fascisants, Allemagne, Italie, Japon, voire Espagne qui foulèrent de leurs bottes sanglantes ce parchemin idyllique.

    Mais qu'il est beau et courageux cet élan contre la guerre. Nous avons réentendu Briand en Février 2003, lorsque Dominique de Villepin, devant le Conseil de sécurité des Nations Unies, a bravé les Etats-Unis pressés d'en découdre avec l'Irak. « La guerre est toujours le constat d'un échec » a-t-il précisé. C'est encore vrai aujourd'hui, et pas seulement en Irak, malheureusement.

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  • Commentaires

    1
    Gilles
    Mercredi 27 Août 2008 à 04:23
    SDN
    Dans les Etats "fascisants" responsable de la seconde guerre mondiale, tu aurais pu ajouter l'URSS qui, ne l'oublions pas, a ete l'alliee de l'Allemagne nazie a un moment crucial, d'Aout 1939 a Juin 1941. Ce fut d'ailleurs le seul Etat exclu de la SDN, le 14 Decembre 1939,pour son agression contre la Finlande (il est vrai que d'autres Etats agresseurs, comme l'Allemagne et l'Italie, avaient quitte la SDN d'eux-memes) Le probleme est que, pour faire la paix, il faut etre plusieurs, alors qu'un seul suffit pour declencher une guerre.
    2
    Mercredi 27 Août 2008 à 11:15
    Très juste
    Très juste, auguste. Merci à toi, Gilles, d'apporter toujours cette précision complémentaire à mes écrits souvent trop réducteurs. Mais on ne peut pas tout dire en une page, sur des événements aussi complexes.
    3
    Gaugain Pierre
    Mercredi 27 Août 2008 à 16:54
    Villepin...
    D'accord avec la citation de Galouzeau de Villepin, qui sert de conclusion à votre article, d'ailleurs cette phrase est-elle de son cru? Merci aussi à Gilles pour ses précisions. Amitiés, Pierre.
    4
    Gaugain Pierre
    Mercredi 27 Août 2008 à 18:03
    Vellepin...
    J'avais omis une légère remarque, je ne dis pas que c'est ce que vous avez fait, mais la fin de votre article pourrait le faire sous-entendre, je pense qu'il est exagéré d'établir une comparaison entre Briand et Villepin, selon moi ils ne tirent pas dans la même catégorie. Je vous informe que j'ai posté un petit commentaire suite à l'article de Patrick sur les faucheurs volontaires, comme il vous concerne également je me permets de vous le signaler, amicalement, Pierre
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