• Charles Martel à Poitiers

    Les Wisigoths, ces germains descendus du Rhin jusqu’à Toulouse, ne peuvent y maintenir le royaume qu’ils avaient instauré car les Francs de Clovis les poussent jusqu’en Hispanie (péninsule ibérique). On est au moyen-âge, autour des années 500 à 700 après JC et ces chrétiens ariens, épris de culture romaine, vont se tirer une balle dans le pied lorsque l’un d’entre-eux, démis de ses fonctions de roi, appellera à son secours l’émir de Tanger, seigneur musulman du Maghreb. Celui-ci ne se fait pas prier et, avec 6.000 guerriers berbères, il débarque à Gibraltar en 711, s’offre un beau succès à la bataille de Guadalete, balaye toute la péninsule puis remonte jusqu’à Toulouse et la Septimanie (du nom des 7 villes du Languedoc) où ses Maures seront arrêtés 10 ans plus tard.

    Les arabes, musulmans fraichement convertis (Mahomet est mort depuis 80 ans seulement) s’étaient installés à Cordoue, capitale de l’Andalousie, au sud de l’Espagne et menaient des raids en profondeur pour piller les richesses du pays. Ayant conquis un large butin, sous l’impulsion d’Abd el Rahman, jusqu’aux Pyrénées, ils franchirent celles-ci pour continuer leurs expéditions de razzias en Gaule.

    En Gaule justement, le duc d’Aquitaine, Eudes, est préoccupé par la progression vers le Sud des troupes franques d’un certain Charles, venu d’Austrasie (l’Est de la France) et maire du palais à la cour du roi mérovingien. De préoccupé, il devient terrorisé en apprenant, en outre,  l’avancée des Musulmans qui, après avoir pris Bordeaux et Agen, viennent de traverser la Dordogne.  Des deux maux, il choisit le moindre et demande l’aide de Charles pour repousser les Sarrasins. Ce sera la fameuse bataille de Poitiers, le 25 octobre 732.

    Le poème du « chrétien anonyme de Cordoue » sera, en 750, la source essentielle qui nous fait revivre cette bataille où, pendant six jours, à Moussais, entre Poitiers et Châtellerault, cavaliers musulmans et fantassins chrétiens se jaugent par de simples escarmouches.

    Le 25 octobre, premier jour du Ramadan, Abd el Rahman lance ses cavaliers légers à l’assaut  de la muraille compacte que forment les guerriers francs, puissamment armés. Malgré plusieurs tentatives désordonnées de l’émir Omeyyade d’Andalousie, au cours desquelles celui-ci trouve la mort, les fantassins disciplinés résistent et les arabes s’enfuient. Surpris par cette première grosse défaite, dépourvus de chef, ces derniers quittent nuitamment le campement en abandonnant le butin de leurs razzias. 

    Le lendemain, Charles poursuit son avantage mais, dépité de trouver la place vide, il se venge sur les autres villes de la région qu’il saccage sans ménagement. C’est sans doute à cette occasion qu’il gagnera son surnom de Martel « celui qui frappe comme un marteau ».

    Le retentissement de la bataille de Poitiers perdure grâce aux récits enflammés des trouvères et autres troubadours. Les succès de Charles (avant de repousser les Musulmans, il avait fait de même avec les Frisons et les Saxons), qui ne sera jamais roi mais restera Maire du Palais, donnent naissance à la lignée des Carolingiens, dont son petit-fils Charlemagne sera le plus célèbre représentant.

    La bataille de Poitiers s’inscrit en fait dans un contexte d’essoufflement des conquêtes arabes qui avaient, en un siècle seulement, de 630 à 732, étendu leur domination sur un vaste territoire méditerranéen, depuis les Indes jusqu’à l’Atlantique en passant par Constantinople, trop vaste justement pour bien maîtriser son gouvernorat et les problèmes logistiques. Partout, des révoltes les obligent à abandonner des pans entiers du large manteau et, renversés en 750, les Omeyyades seront remplacés par les Abbasides qui ne franchiront plus les Pyrénées (ils préfèreront débarquer dans le delta du Rhône). Des raids musulmans se poursuivent bien après la bataille de Poitiers et celle de Berre si bien que Charlemagne lui-même, après son père Pépin le Bref, doit jouer de l’épée à la fin de sa vie contre une troupe musulmane qui razziait encore le pays en 800.

    Décidemment, la péninsule européenne a toujours attiré les convoitises.

     


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